Carnet de voyage de Maud et Cyril

Iran

جمهوری اسلامی ايران
Jomhūrī-ye Eslāmī-ye Īrān

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Mosquée Amir Chakhmâg à Yazd

Mashhad, mercredi 29 novembre 2006

Salut,


Nous sommes accueillis dans une famille, amie de Hassan, aujourd’hui. C’est le grand luxe, nous voilà de retour en Occident. Les Iraniens sont décidément très gentils et complètement en décalage avec leur gouvernement... On se croirait en France dans les maisons, mais pas dans la rue. Nous vous en dirons plus en temps voulu.

[...]

Ce soir, nous allons à la deuxième fête du mariage. Cette fois-ci hommes et femmes seront séparés, car c’est dans une salle publique...


Bisous


Maud et Cyril

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Mashhad, jeudi 30 novembre 2006


Nous sommes bien arrivés à Mashhad en Iran. Nous avons pris le bus d’Herat hier, mercredi 29 novembre. À notre arrivée, nous avons tout de suite contacté les amis d’Hassan qui sont venus nous chercher à la gare des bus. Et comme nous avons toujours beaucoup de chance dans ce voyage, nous sommes arrivés juste à temps pour assister au mariage de la sœur de la famille et nous sommes invités à rester jusqu’à vendredi pour assister aux festivités.


Hier, nous avons donc passé la soirée à danser sur de la musique iranienne. Maud était encore la star, car elle dansait pour certain à l’Iranienne pour d’autre à la Tadjike. Elle a même eu le droit à 20 000 rials. C’est la coutume ici de lancer des billets sur les personnes accomplissant une belle performance, musicale ou dansée. On avait déjà vu ça au festival soufi de Lahore au Pakistan. Notre première impression est une impression d’être revenus en territoire occidental. Les rues sont goudronnées, il n y a pas de coupure d’électricité, et les rues sont vivantes... Malgré le port du voile obligatoire, les jeunes filles sont plutôt coquettes et Maud se sent de nouveau à l’aise. En tant que Français, nous sommes fêtés ! Nous avons flâné toute la matinée histoire de récupérer de nos frasques de la veille et nous continuons le lézardage devant l’ordinateur d’un Café-Internet parce qu’il fait froid et qu’il neigeote. Nous espérons réussir à décoller pour aller observer à la nuit tombée le mausolée de l'imam Reza.


On vous en dira davantage avec un peu de recul. On attend vos commentaires sur l’Afghanistan...                                              

 


Gros bisous


Maud et Cyril


P.S : Nous n’avons plus que 2h30 de décalage horaire. Quand il est 12h pour vous, il est 14h30 pour nous.

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Yazd, mardi 5 décembre 2006

Bonjour,


Nous voilà à Yazd après avoir profité d’une journée de pause à la ville oasis de Tabas en plein milieu du désert. Nous sommes partis hier soir à 23h30 et avons traversé un désert de sel pour finalement débarquer à 4 h ce matin dans une Yazd glacée et déserte où aucun hôtel n’a daigné nous ouvrir la porte. En désespoir de cause, et pour fuir la température négative, nous nous sommes réfugiés dans le seul hôtel ayant une garde de nuit, l’hôtel grand luxe de la ville. Nous y avons attendu que le jour se lève et pris un petit déjeuner onéreux avant de rejoindre un hôtel miteux qui avait enfin ouvert ses portes.


Nous profitons maintenant de la vieille ville en pisé sous le soleil couchant. La nuit tombe très tôt, vers 17h ! On vous avoue franchement qu’après l’Afghanistan, ce début en Iran n’est pas aussi épicé et qu’on a un peu de mal à retrouver le goût du voyage. Les villes sont belles, mais tout est un peu trop facile !


Demain, nous restons à Yazd. Ensuite nous nous dirigerons vers Chiraz, plus au Sud-Ouest où une nouvelle famille nous attend.


Bisous


Maud et Cyril

Désert du soir à Tabas

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Mail d'étape reçu le jeudi 21 décembre 2006

IRAN - 29 novembre au 18 décembre 2006                         

Salam,


Nous voici arrivés, en cette mi-décembre, à l’ultime étape de notre voyage. Cinq mois et des poussières se sont écoules depuis les grandes chaleurs indiennes et nous affrontons maintenant un hiver froid et pluvieux, véritable avant-goût du climat limougeaud qui nous attend de pied ferme. Les retrouvailles familiales devraient cependant vite nous le faire oublier tandis que nos frimousses endurcies par les épreuves d’un périple exigeant retrouveront un peu de douceur. Nos visages sont en effet marqués par notre hygiène de vie qui aura été des plus médiocre jusqu’au bout, comme en témoignent ces dernières nuits passées dans un hôtel iranien dont la propreté et l état des matelas a de quoi concurrencer les tchaïkhanas afghanes.


Frontière AFGHANISTAN / IRAN - 29 novembre 2006


A Herat, il suffit de monter dans un car de réfugiés Afghans pour arriver quelques six heures plus tard à Mashhad, l'agglomération iranienne la plus proche. Ce mercredi, notre réveil a des batteries faiblardes et nous rangeons nos sacs en catastrophe car il est déjà 8h, soit le milieu de la matinée pour un pays où les gens se couchent rarement après 20h et se réveillent à 7h lorsqu’ils font la grasse matinée ! La chance est de notre côté et nous embarquons in extremis à bord du bus pour l’Iran en compagnie de dizaines de locaux en route vers leur pays d'exil. Des millions d’Afghans ont fuit la guerre et les difficultés économiques pour chercher refuge en Iran qui leur réserve pourtant un bien piètre accueil puisqu’ils ne sont pas autorisés à travailler légalement et que ni eux, ni même leurs enfants nés sur le territoire, ne peuvent acquérir la nationalité iranienne. Ils subissent les discriminations et oeuvrent clandestinement pour des employeurs hypocrites qui s’en mettent plein les poches.


Tristes de quitter ce pays fascinant à l’avenir si incertain, nous voyons défiler le paysage désertique, ses chameaux, ses bergers et ses villages en pisé. Nous ne sommes cependant pas mécontents de laisser derrière nous l'angoisse, typique de l’Afghanistan, d'être une cible potentielle pour personne mal intentionnée.


Une fois la frontière passée sans encombre, nous avons l’occasion de pâtir de l'attitude méprisante des Iraniens envers les Afghans : policiers impolis et suspicieux, 6 contrôles de bagages sur 30 Km et aucune station d’essence qui accepte de nous ravitailler, si bien que le chauffeur est obligé d’acheter du diesel sous le manteau dans un bazar. Lorsqu’on s’arrête manger dans un restoroute, seul le couple iranien du bus a droit à un sourire et à des couvert en inox, tandis que les autres, nous y compris car nous sommes encore habillés à l'Afghane, sont servis comme des chiens avec de la vaisselle en plastique. Nous arrivons finalement à Mashhad en fin d’après midi, très refroidis par le racisme latent de ce nouveau peuple. Heureusement, nous avons des connaissances dans le pays qui nous montreront que les Iraniens sont en réalité très hospitaliers (envers les Occidentaux tout au moins) ! A Mashhad, justement, nous commençons par contacter ces amis d amis.


MASHHAD, Iran - Entre ville sainte et mariage libertin, 29 novembre au 3 décembre 2006


Nous sommes invités au mariage d’un des leurs, une cérémonie sur trois jours qui nous décide à rester à Machhad jusqu’au week-end. Le soir même nous en découvrons le premier acte : une fête privée où les hommes, enjoués par le vin, et les femmes, aux décolletés surprenants, dansent ensemble sur de la musique orientale. Après tout ce temps en terre musulmane, vous devinez notre étonnement d’autant que nous connaissons les règles du pays concernant la consommation d’alcool et les relations entre les deux sexes et nous nous demandons comment une cérémonie à ce point illégale peut avoir lieu sous le gouvernement islamique d’Iran. Il suffit en fait de glisser un peu de monnaie aux gardiens de la République pour que ceux-ci omettent de vous emprisonner et de vous appliquer la traditionnelle punition des 40 coups de fouet. Malgré la modernité évidente de cette frange de la population, elle est en effet à la merci de punitions moyenâgeuses telle que les coups de martinet, la lapidation ou la pendaison sur la place publique. L’Iran est un pays étrangement contradictoire et qui nous semble d’ores et déjà très complexe à comprendre. Deux jours plus tard, pour le mariage officiel qui se déroule dans une salle communale, il nous faut cette fois-ci respecter l’interdiction de la mixité. Cyril rejoint une assemblée masculine nettement moins enjouée que la première fois tandis que Maud reste dans la pièce des femmes et s étonne de découvrir autant de chairs à nues une fois tombés les tchadors - long voile noir omniprésent en Iran qui recouvre les femmes de la tête au pied. Gentiment accueillis par un ami des mariés, nous passons la fin de notre séjour en famille dans un confort tout à fait européen à discuter politique et vie privée. L’ouverture d’esprit des classes moyennes d’Iran est frappante lorsqu’on la compare aux règles drastiques qui régentent la vie en extérieur. Nous échangeons beaucoup, en particulier à propos des tensions actuelles entre l’Iran et le reste du monde. Beaucoup d’Iraniens se plaignent de l’attitude de leur gouvernement qui renforce une image extérieure déjà très défavorable et ne veulent pas avoir à subir encore de nouvelles sanctions économiques. A cause de celles-ci, nous n’avons d'ailleurs aucune possibilité de retirer des devises, le pays étant boycotté par Visa et les autres systèmes de transfert d’argent. Les locaux, quant à eux, n’ont pas la possibilité de mettre à jour leur PC à cause de l’interdit posé par Windows.


                                                                  Le tchador pour visiter les mosquées


Nos hôtes nous offrent une cuisine si raffinée après les sempiternelles brochettes de moutons et pilafs de ces derniers mois que nous reprenons très vite les kilos d’avant le voyage. Riz safrané, soupe de légumes, viande hachée aux herbes, fruits, sucreries etc... un régal ! On profite de leur disponibilité pour visiter le chef d’œuvre de la ville, l’imposant sanctuaire où repose la dépouille de Reza, huitième Imam des chiites. Comprenant de multiples bâtiments - mosquées, madrasas, musées - recouverts de magnifiques faïences turquoises, il s'agrandit sans cesse sous les pulsions architecturales de l’État qui cherche à rassembler les fidèles. En ce jour anniversaire de la mort de l'Imam, nous constatons la ferveur démentielle de ceux qui se pressent autour du tombeau, créant une marée humaine larmoyante et suffocante. Nous nous en tirons sans blessures alors que nous risquions de nous faire piétiner par la foule en délire mystique.


YAZD, Iran - Désert et vestiges pré-islamiques, 3 au 7 décembre 2006


Remerciant chaleureusement nos amis, nous partons vers Yazd, cité millénaire enserrée entre les deux grands déserts du pays et célèbre pour son riche patrimoine zoroastrien dont la civilisation était florissante avant l’arrivée de l'Islam. La distance étant particulièrement longue, nous faisons halte à Tabas, bourgade perdue au milieu des sables aux avenues bordées de palmier dattiers. Nous profitons du soleil de décembre pour flâner dans son parc exotique et sur le parvis de son imposant complexe religieux. Quittant la ville le soir même, un bus nous fait traverser le désert salé jusqu’à Yazd où nous débarquons à quatre heures du matin.


Nous parcourons vainement ses rues tortueuses dans la nuit glacée, frappant aux portes invariablement closes des pensions petit budget. Un hôtel de luxe accepte finalement de nous accueillir dans son hall chauffé et nous permet de patienter jusqu’au petit matin autour d’une tasse de thé. Le soleil enfin levé, nous trouvons une chambre au prix modeste et rattrapons un peu de sommeil avant de repartir, quelques heures plus tard, pour parcourir la ville. Dans ses rues en pisé bien conservées, nous découvrons plusieurs curiosités ingénieuses comme les tours du vent qui capturent le moindre souffle d’air sur le toit des maisons pour en rafraîchir l’intérieur, ou encore les glacières, immenses réservoirs gardés frais par des tours du vent et qui permettaient de conserver les aliments. Dans le temple du feu, nous observons avec admiration le symbole du dieu zoroastrien, la flamme sacrée que les fidèles entretiennent depuis parait-il plus de 1500 ans puis nous nous dirigeons vers les tours du silence, cimetière où les corps étaient laissés en pâture aux vautours. Le chauffeur de taxi qui nous y dépose nous prend en sympathie et nous invite à dîner le soir même dans sa famille qui nous parait au premier abord être plutôt conservatrice … La femme porte le tchador, les trois filles le foulard et personne n’ose interrompre le monologue du père qui commence par nous faire l’apologie du régime et la critique de la politique américaine. Cela dit, après le délicieux dîner, celui-ci se détend et regrette amèrement l’ancien président progressiste en dénonçant le trucage de la dernière élection présidentielle. Il nous propose de rester avec eux pour le week-end mais nous préférons repartir, pas très à l’aise avec les doubles discours. Nous embarquons le lendemain matin pour Shiraz où d’autres connaissances nous attendent.
                                                                      Accueil à Yazd


SHIRAZ, Iran – Capitale culturelle, 7 au 11 décembre 2006


Au contraire de Mashhad la religieuse, Shiraz est une ville détendue, connue pour ses poètes, son vin et ses jardins de rose. Durant ces quatre jours, nous partons à la découverte de ses sites antiques, témoins grandioses du faste des premiers empires perses et déambulons dans les jardins sereins qui abritent les tombes d’Hafez, de Khajou ou de Saadi, emblèmes de la littérature persane. Shiraz, ville moderne, est aussi l’occasion pour nous de rencontrer de jeunes Iraniens, curieux et ravis de discuter avec des étrangers. L’échange est d’autant plus intéressant et facile que les Iraniens, jeunes ou vieux, parlent souvent très bien Anglais. Entre deux promenades dans le vieux bazar couvert, délice de couleurs et d’animation, nous découvrons les salons de thé branchés où les patrons paient des bakchichs à la police pour permettre aux jeunes garçons et filles de fumer un narguilé ensemble.


Les foulards des demoiselles sont à peine posés sur les cheveux tandis que les jeans moulants dépassent de la tunique noire qui descend à mi-cuisse. Ça drague dur et pourtant il faudra qu ils se marient pour vivre une relation amoureuse en paix ! A notre grande surprise, plusieurs jeunes gens nous soutiennent qu’ils ne sont pas musulmans. Quand nous leur demandons si ils sont athées, ils nous répondent qu'ils sont croyants mais que dans un pays où l’Islam se confond avec la politique, être musulman signifie souvent pour eux ne pas être libre. Au fur et à mesure de nos rencontres et de nos discussions, nous prenons conscience de la difficulté d’être jeune en Iran, régime totalitaire d’autant plus vicieux que ses dirigeants se sont arrogés le droit de parler et de juger au nom de Dieu. Dans ce pays où 70 % de la population a moins de 30 ans, on peut se questionner sur l’avenir d’un régime politique en tel décalage avec ses jeunes. Et pourtant, nous croisons aussi beaucoup de femmes et de jeunes filles portant le tchador alors qu’un simple voile est suffisant pour être en accord avec la loi. Entre modernité et traditions, l’Iran est décidément un pays difficile à cerner... Nous quittons Shiraz avec regrets mais il ne nous reste désormais plus beaucoup de temps avant la fin du voyage et Ispahan nous tend les bras.


ISPAHAN, Iran – Joyaux architectural, 11 au 15 décembre 2006


Nous passons plusieurs jours à Ispahan, réussissant malgré le temps pluvieux à profiter des rares rayons de lumière pour photographier mosquées, medersas, palais et cathédrale arménienne. La ville regorge de trésors d’architectures mais nous aimons aussi prendre le temps de savourer une tasse de thé et un narguilé en regardant le soleil faiblard décliner sur les arches de ses ponts. Nous retrouvons nos amis cyclistes d’Ouzbékistan le temps d'une soirée, échangeant nos dernières aventures autour d’un morceau d’halva, délicieuse friandise iranienne confectionnée à base de farine de sésame. L’Iran a un petit goût de vacances, si bien que l’on regrette nos frasques afghanes et tadjikes, nostalgiques des expéditions aventureuses et de la montagne.


Cour de la grande mosquée


KASHAN, Iran – Sur la route de Téhéran, 15 au 17 Décembre 2006


Dernière étape avant la capitale, nous profitons du calme de Kashan et de la vue depuis les toits de son bazar où des morceaux de laine sont mis à sécher malgré le temps bruineux. Nous faisons nos dernières emplettes pour les cadeaux de Noël et commençons à nous languir du retour. D’autant plus que notre budget a fondu et que à cause de l’impossibilité de retirer de l’argent, il nous impose un hôtel bien misérable après le confort de ces derniers jours en famille.


Séchage de la laine dans le bazar


TEHERAN, Iran – Dernier envol, 17 et 18 Décembre 2006    


Heureusement, un ami nous accueille dans cette capitale géante de quatorze millions d’habitants. Il nous laisse gentiment les clés de son bureau au quinzième étage d’un gratte ciel huppé. Sur le mur extérieur, un immense portrait de l’Ayatollah Khomeiny et de son successeur Khamenei défie les jeunes couples des quartiers chics qui se promènent main dans la main et nous rappelle le culte de la personnalité dont ils sont l’objet à travers tout le pays. Depuis la baie vitrée, nous admirons les lumières de Téhéran au pied des sommets enneigés de l’Elbourz, attendant que le taxi vienne nous chercher pour nous déposer à l'aéroport. Notre avion décolle à trois heures du matin et nous buvons du thé car nous savons déjà que la nuit sera blanche. Après une escale à Bakou en Azerbaïdjan, nous atteignons Paris dans la matinée. Maud doit signer son contrat de thèse à l’Institut de Physique du Globe dans la journée, nous devons visiter des appartements et ensuite, nous verrons bien... Notre voyage à deux, lui, n’est pas fini.


Cyril et Maud



L'arrivée à Paris


P.S : Limoges, France


Aujourd'hui, ce 21 décembre, nous sommes de retour à Limoges dans nos familles. Vous pouvez désormais nous contacter sur notre e-mail.

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