
Ouzbékistan
O'zbekiston Respublikasi
Mausolée de Samarcande
Tachkent, dimanche 29 Octobre 2006
Salut la famille,
Nous sommes un peu vexés de ne pas avoir de mail d'inquiétude de votre part concernant notre survie à notre premier vol en Asie centrale ! Il est vrai que les masques à oxygène et autres accessoires sont manquants (ou bien cachés) et plutôt futiles lorsqu'on passe au-dessus des montagnes...
Mais oui, nous avons survécus malgré la trouille de Maud. Cyril - comme d'habitude - n'a pas frémi un instant... (c'est ce qu'il dit !). En atterissant à Khojand (ou Lenninabad), après 35 minutes de vol et un verre d'eau gazeuse, nous avons trouvé un hôtel grand luxe (i.e. chambre propre et grande) avec une petite suite pour se relaxer. En fait, on était très énervés de se ruiner. Les hôtels sont vraiment très cher en Asie Centrale, mais il n'y en avait pas d'autre dans la ville. Cela dit, notre énervement a vite fondu quand on a vu le luxe...

L'inflation galopante donne à Maud l'impression d'être riche
Hier, on est passé sans difficulté en Ouzbékistan avec bus et taxi. On a eu le droit à un simple contrôle au rayon X, bien moins compliqué que chez les Chinois. Lâchés dans la nature, nous avons trouvé une voiture pour Tachkent, à 100 km de là.
Nous voilà donc à Tachkent dans une pension tenue par un gars sympathique qui parle Français. À part ça, il pleut. Il faut qu'on patiente pour nous refaire un visa Afghan, et comme on vient d'apprendre que, malheureusement, on ne pourra pas obtenir notre visa iranien en Afghanistan, il faudra nous refaire un visa Tadjik pour retourner à Douchanbé le chercher ! Surtout ne vous attachez pas à un planning de route, il risque de changer encore, et encore...
Gros bisous
Cyril et Maud
_______________________________________________________________________Tachkent, lundi 30 Octobre 2006
Salut les petits loups,
Enfin on a notre solution... après une nuit sans sommeil à retourner nos plans dans tous les sens. On pensait pouvoir récupérer le visa iranien en Afghanistan à Herat, mais l'agence nous a écrit hier que ce n'était pas possible. On était donc sensés revenir au Tadjikistan, sachant que les cols sont fermés, les frontières tendues et notre visa Tadjik expiré. Finalement, nous avons pu obtenir ce matin la prolongation de notre visa ouzbek et l'agence iranienne veut bien nous refaire la procédure de visa dans la capitale Tachkent. Nous avons ensuite couru à l'ambassade d'Afghanistan pour refaire notre visa qui se périme dans cinq jours. Les Afghans sont vraiment les plus géniaux des ambassadeurs car on a pu faire le visa en trois heures chrono. (Pour la prolongation ouzbèke, il faut quinze jours).
DONC...
Nous pouvons partir tranquillement à la découverte des villes d'Ouzbékistan et revenir le 15 Novembre à Tachkent pour y récupérer notre visa ouzbek prolongé et notre visa iranien. Ensuite, on partira pour l'Afghanistan ou notre ami Clément nous attend de pied ferme à Kaboul.
On peut vous dire que le visa iranien nous aura bien fait transpirer... et qu'on espère qu'on aura le temps de profiter du pays. Demain, on part pour Samarkand à 5 heures de bus d'ici. Et, on va enfin pouvoir se faire plaisir après ces deux semaines et demi de galère administrative.
Sinon, nous n'avons pas changé d'heure, donc on a 4 heures de décalage maintenant. Tachkent est une très grosse ville. Elle n'est pourtant pas si désagréable, même si elle n'a pas de charme particulier. Les Ouzbeks sont, d'un premier abord, sympathiques. Notre gérant d'hôtel est un bon vivant qui nous sert et nous ressert vodka sur bière. On passe notre temps à essayer de l'éviter dans les couloirs.
Bisous
Maud et Cyril
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Mail d'étape reçu le dimanche 12 novembre 2006
OUZBEKISTAN - 28 Octobre au 13 novembre 2006
Salom,
Nous sommes devenus de vrais citadins depuis notre dernier mail d’étape, où nous terminions un mois éprouvant, usés par les montagnes et la gastronomie tadjike... Maintenant nous sillonnons les ruelles avec nos petites maisons portatives et notre tente s'ennuie de ne plus voir les étoiles briller au-dessus d’elle.
Frontière TADJIKISTAN / OUZBEKISTAN - 28 au 30 octobre 2006
Nous avons fait de notre mieux pour nous reposer dans la capitale tadjike, Douchanbé, malgré de multiples changements de plan, la visite de nombreuses ambassades et l’angoisse de voir notre visa tadjik se périmer avant que nous soyons en mesure de quitter le pays. Bref, nous nous en sommes sortis en prenant un avion pour Khojand, dans le nord du pays, afin de rejoindre l’Ouzbékistan. Cette entorse à notre voyage de terriens est justifiée par le fait qu’il fallait encore traverser des cols enneigés à 3500 m ce qui nous aurait sans doute demandé bien plus que deux jours, date butoir de fin de notre visa. Un choix d’autant plus raisonnable que nous avons déjà passé de nombreuses heures dans les véhicules les plus pourris de la planète. Mais peut-être pas si raisonnable que ça puisqu’il s’agit de s’envoler à bord d’un Tupolev de Tadjikistan Airlines dont les ceintures sont trop vieilles pour se fermer et les masques à oxygène introuvables. Nous arrivons tout de même à bon port. Cyril a juste à se plaindre de ses mains... meurtries par les pressions répétées de celles de Maud. Après une nuit dans l’ancienne Leninabad (nom soviétique de Khojand), nous trouvons facilement un transport pour la frontière ouzbèke à 50 Km de la ville. Au poste de douane tadjike, on retrouve l’ambiance pakistanaise avec dégustation d’amandes et plaisanteries. Les Ouzbeks, contrairement à leur réputation de vampires de dollars, nous laissent entrer facilement après un passage sommaire de bagages aux rayons X. Nous rejoignons Tachkent, la capitale, à 100 Km et trouvons la pension d’un francophone légèrement alcoolique qui nous arrose de bière et de vodka pendant 3 jours...
Deux femmes ouzbèkes se haranguent au bazar
SAMARCANDE, Ouzbékistan - Le plaisir des yeux, 31 octobre au 3 novembre 2006
L'Ouzbékistan, ce sont, entre autres, les retrouvailles avec le transport confortable, car les bus sont en bon état - en fait, des autocars qui ont eu leur gloire en France et qui font leur seconde vie ici - et les routes bien droites. Par contre le paysage est mortellement morne, constitué de champs

de cotons à perte de vue. Nous vérifions la place primordiale de cette monoculture, imposée au temps de l’URSS pour en faire le deuxième producteur mondial. Le pays est pourtant désertique à l’origine et il a fallu l’irriguer en suçant toute l’eau de la pauvre mer d’Aral à travers des canaux de milliers de kilomètres qui sont aujourd'hui fendus, gaspillant un peu plus l’eau si précieuse aux habitants. Le niveau de la mer diminue dramatiquement libérant les animaux contaminés qui jusqu’alors étaient cantonnés sur une île réservée aux expérimentations soviétiques. Et les rats se dispersent dans le désert... Et les champs sont arrosés d’eau salée ce qui entraîne la lente destruction des écosystèmes. Mais les habitants ne se risquent pas à la critique et se consolent avec leurs fritures à l’huile de coton, dont nous faisons couramment les frais.
Samarcande est à la croisée des routes d'un désert transformé en champ de coton, mais elle nous offre le plaisir d’un décor de ville de piémont avec les massifs des monts Fan enneigés en arrière fond. Une fois débarqués, dans la nuit bien entamée, nous restons stupéfaits devant une merveilleuse coupole en mosaïque bleue. La voilà enfin, la preuve architecturale du passé qui a hanté l’Asie Centrale ! Alors que le
s terribles Mongols ont tout ravagé, ne laissant aux randonneurs du Kirghizistan que les cailloux d’un ancien caravansérail, aux aventuriers du Tadjikistan, des miettes de pisé des murailles de jadis, leur empereur le plus sanguinaire, Tamerlan, a jeté son dévolu sur cette cité pour en faire sa capitale. Il en résulte de magnifiques medersas, mosquées et mausolées éparpillés au milieu d’une ville moderne.
Nous déambulons avec joie à l’aube et au crépuscule autour de ces monuments aussi gigantesques que Tamerlan était mégalomane. Il a même été possible de glisser quelques billets au flic-gardien du Registan pour monter au lever du soleil dans le minaret en restauration. Quant aux habitants, nous avons eu le droit à une invitation embarrassante chez une dame étrange qui après nous avoir mendié quelques soums de manière détournée, s’est prise de pitié pour Maud qui doit prendre des pilules et pourtant n’a toujours pas d’enfant... Car comme elle ne comprenait pas qu’après « un an de mariage » nous n’ayons toujours pas de progéniture, nous avons cru bon de lui parler de la pilule contraceptive. Mais notre Russe n’est pas encore suffisant pour être sûr que nos interlocuteurs comprennent tout ce qu'on leur raconte. Elle nous a, donc, proposé de façon tout aussi détournée de faire office de mère porteuse en regardant Cyril dans le blanc des yeux... Sitôt avalée, la soupe à la cervelle de mouton qu’elle nous a servie, nous avons filé devant le regard approbateur du mari qui venait de rentrer et n’appréciait visiblement pas notre présence !
BOUKHARA, Ouzbékistan - Le plaisir des lieux, 3 au 6 novembre 2006
À peine montés dans le bus vers Boukhara, un autre grand classique du pays, nous sommes invités par Orif, adolescent blagueur, et sa belle sœur à faire halte chez eux à Gijduvan. Ils habitent dans une vieille maison d’au moins 300 ans qui a logé l'une des 800 femmes de l’émir du coin. Quand Maud leur apprend qu’elle étudie la géophysique, le frère d'Orif, qui a 6 femmes, la su
pplie de revenir avec un appareil détecteur d’or, car il est persuadé d’avoir les restes des bijoux de la princesse sous ses fondations. Il a déjà bien retourné son jardin à l’occasion du forage de son puit, mais n’a rien trouvé. Maud ne peut cependant rien lui promettre... On passe une soirée très sympathique autour d’un riz pilaf agrémenté de morceaux choisis pour les convives - de la graisse de mouton qu’il est impoli de laisser sur le bord de l’assiette - et d’un délicieux vin rouge, style Porto en plus léger qu’on aurait bien aimé emporter dans nos bagages.
Le lendemain, on rejoint Boukhara qu’on tarde volontairement à découvrir. La ville est d’emblée ultra touristique et nous sommes accostés en Français par des petites jeunes filles à la recherche de pensionnaires ou de clients pour des tapis et des céramiques. D’autant plus qu’au cours de nos discussions avec les locaux, nous avons appris que les monuments des villes que nous visitons, complètement détruits il y a 15 ans, ont été reconstruits par le gouvernement pour développer le tourisme et se faire de l’argent. On avait remarqué que les mosquées et les medersas de Samarcande avaient l’air un peu neuf et des décorations étrangement identiques.

Le mythe s’effondre, un peu, lorsqu’en traversant Boukhara, on croit retrouver les monuments de Samarcande... Bof, on préfère attendre la nuit et nous nous prélassons dans un petit hôtel pas cher en mangeant des dattes et du raisin. Le soir, on a rendez-vous avec Akhmed, une connaissance de l’oncle de Maud, qui nous invite dans un restaurant plus haute gamme que d’habitude. La viande est toujours aussi grasse, le poisson toujours aussi frit dans l’huile de coton et les salades toujours aussi conservées dans le vinaigre, mais on gagne en présentation ! C’est un plaisir de discuter avec Akhmed car c’est l’une des seules personnes avec qui l’on partage une éducation commune depuis le début de notre voyage. Il a fait ses études à Londres et connaît l’Europe. Du coup, on l’assomme de questions auxquelles il ne peut parfois pas répondre sans esquiver, car l'Ouzbékistan reste une dictature et qu’il a travaillé pour le gouvernement. Langue de bois, langue de bois... C’est ce soir que l’on s’en rend vraiment compte. On descend tout de même deux bouteilles de Mona Lisa, le fameux vin, et nous séparons tard dans la nuit. Après une grasse matinée, nous partons dans les étroites ruelles à la recherche d’un marché pour le pique-nique. Nous tombons sur Cardamon, un Ouzbek ravi de nous montrer sa maison ancienne et ses talents de guitariste.
Ayant appartenu à une riche famille délogée par les communistes pour transformer le logement en habitat social, elle recèle de magnifiques fresques et arabesques que les habitants avaient cachées sous la peinture par crainte de la répression sans vergogne des Bolcheviques contre tout ce qui est vestige islamique. Cardamon a gratté la peinture de son magnifique salon dans lequel il nous chante les chansons des Beatles, qu’il captait alors sur des radios pirates... Nous le quittons avec le sourire et nous nous offrons une romantique promenade entre les monuments, plus nombreux et regroupés qu’à Samarcande et toujours recouverts de majestueuses frises en faïences et dômes bleu azur. Les artisans sont visiblement toujours aussi habiles qu’à l’époque de Tamerlan !
KHIVA, Ouzbékistan - La cite des sables imaginée, 6 au 8 novembre 2006
Au-delà de Boukhara s’étend le désert sans le coton. Une étendue immense de sable ocre garnie de touffes d’herbe brûlée aux reflets argentés.
Nous savons qu’il n’y a qu’un point d’eau tous les 100 Km, autant dire que nous n’imaginons pas camper dans les coins.
Nous continuons donc notre séjour de luxe en pension, car après tout, l’Ouzbékistan est le pays du tourisme facile dans cette région peu accessible de l'Asie Centrale. Heureusement, Nouvelles Frontières ne programme rien au mois de Novembre et nous avons le droit à des villes plutôt tranquilles... On arrive donc à Khiva, 600 Km au Nord-Ouest de Boukhara, une cité mystérieusement calme au clair de lune. La pléthore de medersas, palais et mosquées au mètre carré est impressionnante alors que tout est en harmonie et délicatement restauré. Il ne manque que les habitants, qui n’apparaissent qu’au jour, pour vendre cartes postales et peluches inutiles.

Nous garderons tout de même un souvenir impérissable de notre balade nocturne durant laquelle nous nous amusions à imaginer que le sable avait enseveli la nouvelle ville derrière les fortifications en pise. Bercés par le vent léger qui balaye la citadelle de Khiva, nous nous endormons dans notre chambre confortable rêvant à d’autres routes de la soie...
À Khiva, nous sommes contents de retrouver un couple de Stéphanois, que nous avions croisé à Tachkent. Nous rentrons avec eux par le train de nuit jusqu’à Tachkent pour aller enfin récupérer nos visas iraniens. Le train nous étonne par son confort. Nous avons même le droit a des draps propres pour les couchettes !
Déambulation nocturne dans Khiva
TACHKENT, Ouzbékistan - Visa et opéra, 9 au 11 novembre 2006
Nous voilà donc de retour dans la capitale ouzbèke. À peine descendus du train, nous nous précipitons à l’ambassade iranienne pour déposer les dossiers. On est soulagé d’apprendre qu’il nous suffira de revenir le lendemain pour récupérer nos visas. Nous attendons donc patiemment le vendredi, discutant avec nos amis français et se prévoyant opéra et sortie au restaurant entre deux dégustations de vodka avec notre francophone alcoolique retrouvé à l’hôtel ! Tandis que Maud en profite pour s’occuper d’envoyer les photos à son père pour qu’il puisse les mettre sur le site, Cyril a le droit à une altercation avec un policier véreux dans le métro. L’agent du gouvernement, après avoir scruté son passeport pour trouver une erreur, lui demande ses papiers d’enregistrement. En Ouzbékistan, les touristes doivent pouvoir justifier où ils ont dormi et les hôtels leur donnent un papier à chaque nuit passée chez eux. Interdiction déguisée d’aller chez l’habitant ? Bref, Cyril les a négligemment laissés à l’hôtel et le flic profite de la trop belle occasion pour l’inviter à passer dans son bureau. Pour éviter « l’épreuve bureau », déjà éprouvée par de nombreux touristes qui en sont ressortis dépouillés, il propose d’appeler d’une cabine téléphonique le propriétaire de notre hôtel pour que celui-ci confirme notre présence des derniers jours. Le véreux précise fermement que le téléphone est gratuit dans son bureau mais Cyril a déjà commencé à taper le numéro de peur que l’autre n’y mette la force. Notre hôte, qui sort d’un sommeil alcoolisé, explique au flic que demain, il est viré ! Cyril file donc au plus vite et laisse derrière lui l’arnaqueur arnaqué...
Nous sommes ce soir de retour à Samarcande, en transit. Demain nous prendrons un bus en direction de Termez, au Sud, pour passer la frontière afghane.
À bientôt pour les prochaines aventures. On pense à vous.
Cyril et Maud
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Samarcande, dimanche 12 novembre 2006
Chère famille nombreuse,
Nous voilà de retour à Samarcande... en transit, car toutes les routes ouzbèkes y convergent. On est en route pour le prochain pays, direction Afghanistan. On a toujours le feu vert de notre ami français de Kaboul, Clément, pour venir le joindre. On pourra même loger chez un de ses amis à Mazar-e-Charif, la première étape après la frontière.
Nous avons bien récuperé ici après 2 semaines de pensions confortables et de promenades citadines. On aura même eu raison des brochettes de mouton ! On a retrouvé la guesthouse de Samarcande avec plaisir car les hôtes sont très sympas. Oublié donc le coup de barre du mois d’Octobre, on a tous les visas en poche et on n’a même pas eu besoin de prolonger le visa ouzbek - petite économie de 170 dollars...
On finit surtout sur une bonne note après avoir passé un week-end franchouillard avec nos amis cyclistes voyageant en tandem : resto, vin, opéra kitch et soupe maison. Un bonheur !
Donc le programme pour les curieux : demain, lundi 13, direction Termez, à la frontière afghane. Passage de la frontière Mardi pour rejoindre Mazar-e Charif, 30 Km plus loin. On y restera 2-3 jours pour se faire tailler un costume local et profiter d’une ville qui doit être encore assez belle. Après, on ira sur Kaboul pour passer le week-end et étudier la situation des routes de montagnes. On vous mailera à Mazar. Tout est facilement repérable sur les cartes.
Bisous
Cyril et Maud
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