Carnet de voyage de Maud et Cyril

Tadjikistan

Ҷумҳурии Тоҷикистон

Jumhurii Tojikiston

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Saison des foins dans le Wakhan

Khorog, vendredi 6 octobre 2006

Tout va bien. On est à Khorog au Tadjikistan. Nous avons passé quatre premiers jours pleins d’émotions et d’aventures. Les Tadjiks ont le cœur sur la main, et les paysages sont fascinants et terribles. Le plateau du Pamir est un désert rocailleux à 3600 m d’altitude qui ne permet aucune culture et où l’eau est rare. Les habitants ne survivraient pas sans les aides humanitaires. Leur sens de l’accueil, malgré leur immense pauvreté, est vraiment touchant.


Nous partons demain pour le corridor du Wakhan Tadjik, via Ichkachim, où nous comptons passer une petite semaine avant de rejoindre Douchambé vers le 15 Octobre. Gros bisous à vous tous,


Maud et Cyril.


Sultan nous parle de l'aridité du Pamir

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Douchanbé, samedi 21 octobre 2006

Coucou,


Nous voilà enfin à Douchanbé, la capitale. Nous sommes partis mercredi matin et nous avons mis 28 heures pour parcourir les 526 Km qui nous en séparait. Autant vous dire que le voyage fut des plus éprouvant. La route était une piste défoncée et la vieille Mercedes dans laquelle on avait pris place raclait le sol en permanence. L’essence étant de très mauvaise qualité ici, il fallait nettoyer le filtre régulièrement. Le premier soir, on avait à peine fait le tiers du trajet. On s’est arrêté dans un village pour dormir, le chauffeur était crevé. Nous sommes repartis à 7 h du matin le lendemain. Le plus dur nous attendait. Le col de 3200m était plein de neige et la voiture patinait et reculait plus qu’elle n’avançait. Au bout de trois heures, on a enfin pu passer grâce à un remorquage par une jeep. Même si, plus bas, il n'y avait plus de neige, de nombreuses rivières ont complètement défoncé la route et on a eu les pieds dans l’eau plus d’une dizaine de fois, le ventre de la voiture raclant sans discontinuer les cailloux. Tant et si bien que le réservoir d’huile s'est percé et nous avons difficilement parcouru les derniers 100 Km, tirés par une jeep soufflante. À 3 h du mat, 28 h de voiture plus tard, un sérieux déficit de sommeil en plus, nous arrivions à Douchanbé où l’on allait dormir chez un de nos covoituriers. Autant vous dire que vendredi a été la journée dodo, d’autant que le trajet n’avait pas forcement aidé Maud à aller mieux.


Son état s’est beaucoup améliorée après une nuit de repos. On a acheté un thermomètre et l’on est maintenant sûres que la fièvre est tombée depuis 3 jours. Les diarrhées et les vomissements ont cessé aussi. Depuis hier, elle remange correctement, même si elle ne peut toujours pas avaler un morceau de viande. On vous avoue avoir eu un peu peur car des tâches rouges sont apparues sur son dos mercredi et qu’on craignait que ce ne soit la fièvre typhoïde. En arrivant hier à Douchanbé, on a contacté le médecin infectiologue de Lyon pour lui demander conseil. D’après la description des symptômes, il nous a rassurés. Elle a probablement eu une gastro-entérite aigüe d’origine bactérienne tout simplement. On ne savait pas qu’on pouvait autant en souffrir... On se repose encore quelques jours ici, jusqu’à ce que le rétablissement soit complet. Ça va quand même beaucoup mieux. Reste juste le végétarianisme latent qui est très difficile à gérer dans un pays où manger de la viande est un signe de richesse.


Douchanbé est une capitale très moderne, en contraste absolu avec ce qu’on a vécu dans le Pamir ces dernières semaines. On apprécie d'être seuls dans une chambre d’hôtel à peu près propre et de pouvoir se doucher tous les jours. On est soulagé de ne pas manger des pommes de terre et du mouton. On a été chercher votre colis hier. On déguste le chocolat en regardant les photos de la famille, ce qui nous fait beaucoup de bien dans notre fatigue cafardeuse. Vous ne pouvez pas imaginer combien la finesse d’un chocolat est appréciable au milieu de notre vie aventureuse.

On profite de la capitale pour écrire un mail collectif et pour vous envoyer des photos. On n'a pas encore trouvé de café Internet qui grave des CD, mais si on en trouve un, on grave tout et on vous envoie les CDs par la poste. Lundi on doit aller chercher le visa iranien s’il est arrivé.


Maud et Cyril

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Mail d'étape reçu le lundi 23 octobre 2006

TADJIKISTAN - 2 au 28 Octobre 2006

Zdravstvuyte !


Tout va pour le mieux. Nous voici à Douchanbe au Tadjikistan depuis deux jours maintenant et nous profitons de l’accès à Internet pour vous raconter nos aventures tadjikes. Nous sommes dans un pays, à la langue perse et aux habitants adorables, que nous pourrions traverser sans verser le moindre kopeck !


OCH, Kirghizstan - Derniers jours heureux au Kirghizstan, 30 septembre au 1er Octobre 2006


Depuis Bichkek, où nous vous avions laissés, nous rejoignons Och en taxi collectif. C’est l’occasion de sympathiser avec une maman qui nous invite à passer le week-end chez elle. Nous pénétrons enfin dans une famille kirghize de manière spontanée (et désintéressée) et par là même dans la culture du pays. C'est d’autant plus agréable que la jeune fille de la maison, Vénéra, parle très bien anglais et prend plaisir à comparer son mode de vie au nôtre. Elle vit dans une région et une famille assez conservatrice. Tous les sujets y passent : éducation, relations familiales et amoureuses, religion. Elle nous apprend, par exemple, qu’elle attendra la permission de son mari pour travailler plus tard, comme sa mère. Encore une fois, il nous est très difficile d’expliquer notre athéisme. Nous profitons aussi des bons petits plats du Ramadan. Sa mère remue toute la ville pour nous dénicher un camion pour le Tadjikistan. Nous parcourons en taxi tous les entrepôts et arrière boutique pour finalement trouver au bazar un fourgon qui part le lendemain à l’aube.


Frontière KIRGHIZSTAN / TADJIKISTAN - 2 Octobre 2006


À 4 h du matin, le 2 octobre, nous parcourons Och dans la grosse Mercedes de la famille qui nous a accueillis, conduite sans permis par le jeune fils de 17 ans, à la recherche du camion qui est parti sans nous. Normal, la famille nous a réveillés un peu tard ! Nous retrouvons, par chance, le fourgon devant un étal de magasin où le chauffeur fait ses provisions pour la route. Un rapide au revoir et nous embarquons à bord du vieux Merco qui a sans doute 50 ans et dont on se demande s’il nous amènera vraiment à destination. Crainte justifiée, car a 18 km de Och, nous tombons une première fois en panne...                                 

 20 h sur des sacs à patates dans ce vieux fourgon pour rejoindre le Tadjikistan


Nous sommes installés à l’arrière du véhicule, calés entre les sacs de pomme de terre, les bidons d’essence et nos sacs. Nos trois compagnons de voyage sont Kirghizes. Au XVIIe siècle, une communauté importante de nomades kirghizes à la recherche de nouveaux pâturages s’est installée sur le haut plateau du Pamir, à l’Est du Tadjikistan. Haut plateau dont l’altitude fluctue entre 3000 et 5000 m et qui occupe la moitié du territoire tadjik avec seulement 3 % des habitants du pays. On va vite comprendre pourquoi. En attendant, nous nous approchons doucement, vitesse de pointe dudit camion, de la frontière et les pics enneigés du Pamir se font de plus en plus impressionnants en face de nous. Le pic Lénine culmine à 7100 m. Nous savons que deux cols à 4200 et 4700 m nous attendent. Les Kirghizes nous préviennent que le climat sera rude et barricadent les fenêtres branlantes tant qu’ils peuvent. Passés la ville de Sary Tach, nous avons le droit à notre premier contrôle militaire. Contrôle narco trafic sans ouvrir un sac, ni même la porte du camion... grâce aux 100 soms donnés par le chauffeur. Bien sûr, le bakchich doit être partagé par tous les passagers, mais nous refusons en expliquant que nous sommes en règle. Nos co- voituriers s’insurgent et nous préviennent qu’il y a encore six autres postes de contrôles et qu’il faudra bien payer. Sous leurs yeux ébahis, au prochain poste, les militaires qui vérifient nos visas et permis ne nous demandent rien. Eux donnent pour qui du pain, pour qui de l’essence et pour tous de l’argent. C’est le scandale dans le fourgon. Ils se rendent compte que ça ne doit pas être si normal que ça de graisser la patte aux flics. Nous passons nos six autres contrôles avec les honneurs et dûment tamponnés, nous entrons au Tadjikistan. Cela dit, les militaires vivent dans des conditions terribles, isolés de tout. Le pain et les légumes volés aux passants font plus que leur adoucir la vie. Nous avons toujours été gentiment accueillis dans leur wagon dortoir. Ils y dorment à 4 ou 6. Ils y mangent et ils se chauffent au poêle. Autour de nous, le paysage se transforme à mesure que l’on se dirige vers les cols. Le vent glacé balaye d’immenses étendues désertiques, à peine ponctuées par quelques bâtisses délabrées. On s’arrête une bonne vingtaine de fois pour refroidir le moteur du fourgon qui a bien du mal à monter sur le plateau du Pamir. La nuit tombée et nous sommes toujours sur la route, allongés contre le moteur du fourgon pour lutter contre la température négative. Nous n’arriverons pas à Mourgab ce soir. À 22 h, nous nous arrêtons dans le village du chauffeur, Chechekti, pour y dormir. Pour rompre le jeune du ramadan, nous n’aurons le droit qu’à du thé et du pain. On pressent que la vie doit être dure ici. Le lendemain, nous découvrons à la lueur du jour un paysage désolé. L’immensité aride et rocailleuse semble peser lourd sur les quelques maisons éparpillées du village. Aucun arbre pour le feu, aucune herbe pour le bétail, une altitude de 3700 m qui nous essouffle, un vent glacial à décorner un yak et pas d’eau. Les habitants vont la chercher au puit de Mourgab à 50 km. Sultan, le chauffeur, veut témoigner de ses conditions de vie et nous fait visiter tour à tour l’école (tout juste rénovée par une association humanitaire), les maisons et il nous explique comme ils sont démunis. Après la chute de l’URSS, une guerre civile a éclaté dans le pays. Les habitants du Pamir, les Pamiris, ont déclaré leur indépendance et se sont rangés du côté des rebelles face au parti communiste. La région, qui porte depuis le nom de GBAO (Région autonome du Gorno Badakstan), a perdu toute l’aide venant de la capitale et elle aurait sombré dans la famine sans l’intervention des aides humanitaires. Le salaire moyen est d’un dollar par jour et les Pamiris dépendent encore aujourd’hui totalement du ravitaillement extérieur. Aucune culture (blé, légume, etc...) n’est possible sur la terre desséchée. On s’étonne même de voir des hommes ici.                                

Sur le plateau de Mourgab à 3700 m


MOURGAB, Tadjikistan - Terre sauvage et désolée du Pamir Oriental, 3 au 5 octobre 2006


Avec ses 6000 âmes, Mourgab est le chef-lieu de l’énorme district du Pamir Oriental. Notre premier devoir est de nous enregistrer auprès du KGB, car les Russes sont encore très présents dans la gestion de l’immigration. Le GBAO est une plaque tournante du trafic de drogue transasiatique. Autant vous dire que nous avons gardé l’œil sur nos sacs dans les transports. Dès notre arrivée, nous souffrons du froid et du vent glacial. Nous trouvons refuge dans une pension familiale où nous allumons le poêle à la bouse de yak (il n’y a pas d’arbre dans la région...) dès 16h pour nous réchauffer. Pour nous renseigner sur les possibilités de transports dans la région, nous allons au bureau de l’ONG Française Acted qui a une petite antenne à but écotouristique. Acted a une action très forte aussi bien au niveau de l’éducation que de l’eau, etc... et les habitants nous en parlent souvent. Une visite au bazar finit de nous convaincre de la quasi-impossibilité de vivre ici. Les étals poussiéreux sont presque vides, attendant le prochain ravitaillement. Nous aurions aimé faire un tour dans la région, mais la pénurie de transport due au coût de l’essence - un euro le litre - nous bloque et nous devons aller directement sur Khorog à 350 Km de là.


KHOROG, Tadjikistan - Capitale du GBAO, 6 et 7 octobre 2006


La traversée du plateau du Pamir est fascinante. De petits lacs émeraude entourés par des traînées blanches de sels donnent un peu de couleur à l’ocre gris des cailloux et à la blancheur neigeuse des sommets. Nous voyons même un chameau de Bactriane dodeliner sa bosse sur l’immensité poussiéreuse. Des yourtes surgissent çà et là, tâche blanche perdue dans cet univers minéral où l’on ne voit toujours pas un seul brin d’herbe.

De quoi vivent-ils ?

Pause approvisionnement dans les échoppes vides des routes du GBAO


Les voitures étant rares, le chauffeur en profite pour rendre service et distribue aux habitants des villages ce qu’il a acheté à leur place à Mourghab. Nous nous arrêtons chez ses grands-parents afin de récupérer des pommes de terre et tous les occupants du minibus sont invités pour une soupe de mouton. Avec tous ces tours et détours, nous arrivons tard dans la nuit à Khorog et le chauffeur nous invite à dormir chez lui. Nous découvrons pour la première fois des logements d’immeuble soviétique. Pas d’eau courante, pas de toilette, un nombre de chambre bien inférieur aux nombres d’enfants dans la famille. Les toilettes sont publiques et nous vous épargnons la description de leur état. Le lendemain nous découvrons Khorog, capitale du GBAO, dont l’unique grande rue est plutôt vivante et agréable.


WAKHAN, Tadjikistan - Corridor du bout du monde, 8 au 17 octobre 2006


Ishkachim : Une famille amie au grand cœur

Après avoir attendu que la jeep se remplisse en passagers, nous partons enfin en direction de la vallée du Wakhan dont la petite ville d’Ishkachim marque l’embouchure. Ichkachim à la particularité d’être coupée en deux par la Panj, rivière-frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan. En 1910, les Britanniques et les Russes se sont partagés le territoire séparant les familles wakhi installées des deux côtés de la rivière. Depuis ce temps-là, les Tadjiks et leurs frères Tadjiks Afghans ont évolué chacun de leur côté profitant du bazar du lundi pour se parler sur le pont d’Ishkachim. A Khorog, une mère a confié ses deux filles à Maud pour le trajet et nous les accompagnons jusqu’à l’appartement de leur tante qui nous accueille les bras ouverts. Nous sommes samedi et, comme il n’y a pas de transports le dimanche au Tadjikistan, nous passons le week-end en famille. Nous sympathisons immédiatement. Le père Khishrow était professeur de Russe à l’université de Douchanbé à l’époque soviétique. Il a perdu son travail à la déclaration de l’indépendance. Lui et Narguiz, sa femme, ont fui la capitale lorsque la guerre civile a éclaté en 1992. Le Pamir, isolé par ses montagnes, a été épargné par les combats et, comme Narguiz et Khishrow, les Pamiris de Douchanbé sont rentrés se réfugier dans leur village en attendant des jours meilleurs. Lorsque deux ans plus tard, ils sont revenus, leur appartement et tous leurs biens avaient été détruits. Ensuite, trois enfants sont nés. Nocir, le grand frère timide, a 16 ans. Sobish, qui a 14 ans, parle déjà très bien anglais et Shaloh, à 12 ans, suit les traces de sa grande sœur. Les parents ont d’abord essayé de retrouver du travail à Khorog, mais, comme cela était trop difficile, ils sont venus à Ishkachim où la mère a été embauchée comme infirmière dans l’hôpital du village. Narguiz gagne 20 dollars par mois et son seul salaire doit faire vivre 5 personnes. L’appartement où ils nous accueillent a été construits par les soviétiques et, comme à Khorog, il n’y a pas d’eau courante et les toilettes sont publiques. Plusieurs fois par jour, les filles des familles vont remplir des seaux à l’unique robinet d’eau situé devant le bloc d’immeubles. Bien sûr, pas de salle de bain non plus, il faut aller au bain publique payant pour se laver... Malgré le manque de confort, dont Narguiz s’excuse en permanence, nous passons de très bons moments à discuter avec eux. Le dimanche, Maud retourne tout le bazar pour trouver des pommes, du beurre, du sucre et de la farine et leur préparer une tarte aux pommes. Les conditions de cuisine sont un peu différentes de chez nous, mais la tarte reçoit tout de même un accueil très favorable. On en parle dans tout le voisinage... Le lundi matin, nous partons avec un pincement au cœur pour rejoindre le village de Vrang au cœur de la vallée du Wakhan.


Le Wakhan à pied : rencontres, sources d'eau chaude et forteresses

À peine avons nous fait quelques centaines de mètres à pied dans le village de Vrang que nous sommes entourés par une dizaine d’écoliers qui nous offrent leur goûter, puis qui nous invitent à boire le thé et à dormir. D’abord suspicieux quant à la générosité et à la spontanéité d’invitations aussi rapides nous finissons par accepter de rentrer chez Zouro. Nous découvrirons par la suite que l’hospitalité est une façon de respirer ici. Nous décidons de parcourir toute la vallée à pied.


A pied au coeur du Wakhan


Sur l’unique piste qui relie Ishkachim à Langar, nous rencontrons, au rythme de la marche, petits et grands, jeunes et vieux qui ne peuvent plus se payer l’essence pour leur voiture. Nous savourons le tableau coloré dressé par les méandres de la rivière Panj, couleur jade, le scintillement des buissons aux couleurs de l’automne, l’ocre de la poussière parfois marquée par le rouge sanglant des sources ferreuses et la pureté blanche de la neige accrochée sur les pics à 6000 m qui nous entourent. Nous marchons donc, acceptant certaines invitations à dormir et/ou à manger lorsqu’on est proche de l’heure de midi ou du soir, refusant beaucoup d’autres avec un peu d’amertume. Nous dormons dans les maisons traditionnelles pamiries, toutes identiques avec leur pièce unique soutenue par cinq piliers qui représentent les cinq prophètes fondateurs de l’Islam et dont la seule ouverture, située dans le toit, héritage culturel du zoroastrisme - religion pré-islamique - représente les quatre éléments : air, terre, eau, feu. Certaines familles ont un niveau de vie un peu supérieur aux autres. Elles ont un fils ou un oncle en Russie. Nous partageons leur repas qui est invariablement composé de pommes de terre, parfois de mouton lorsque les familles peuvent se le permettre. Dans la vallée, la seule activité a toujours été l’agriculture. Agriculture rémunérée et soutenue par l’URSS à l’époque soviétique et limitée à la pomme de terre. Mais les tracteurs sont repartis en même temps que les Russes et les paysans se sont retrouvés sans revenus et sans outils. Leurs méthodes d’agriculture archaïques retrouvées, ils produisent à peine de quoi vivre et ils sont incapable de vendre leur faible surplus de production à cause du prix de l’essence (un euro le litre, alors que le SMIC est fixé à un euro par mois...). Pour s’en sortir, les familles envoient leurs fils en Russie où ceux-ci travaillent clandestinement dans le bâtiment. Les habitants du Wakhan, côté Afghans ou Tadjiks, sont, comme la majorité de la population du GBAO, de religion ismaélienne, un Islam modéré, comme les familles que nous avions connues dans le Nord du Pakistan. Devant le désastre résultant de l’indépendance et de la guerre civile et la menace de famine, leur Imam Aga Khan est intervenu, leur apportant de la farine, installant l’électricité et un accès à l’eau dans les villages. Il est vénéré par les Wakhi, son portrait colorié trône à la place d’honneur dans toutes les maisons. Nous discutons beaucoup avec les familles de l’avant URSS, mais peu parlent de l’après. Nous comprenons que les gens ont hérité du communisme une certaine passivité et que la construction de leur tout nouveau pays passe bien après la possibilité de pouvoir s’acheter une télé en envoyant son fils à Moscou.. Dans ces soirées, à discuter en attendant que peut-être l’électricité, qui est coupée depuis trois jours, revienne, nous apprenons et partageons beaucoup. Nous rencontrons même un grand père de 103 ans, dont la seule marque de vieillesse est d’être un peu sourd, capable de nous raconter l’histoire de la vallée depuis 1910.


Parfois, il est difficile de supporter leur façon de tout donner à l’étranger, alors que l’on voit qu’ils n’ont rien pour eux. La seule fois où, voulant un peu d’intimité, nous décidons de planter la tente à la sortie du village, un curieux nous la perce en lançant un caillou à la volée pour savoir s’il y a quelqu’un dedans... et les gamins attendent toute la matinée devant la porte qu’on se réveille pour nous inviter à boire le thé. Décidément, la notion d’intimité est inconnue dans ces pays-là. Chaque jour, nous parcourons une vingtaine de kilomètres sous le soleil, nous arrêtant ici, pour grimper jusqu’à la forteresse dont les restes surplombent la vallée ; là, pour monter sur les vestiges d’une tribune dédiée au culte du feu chez les Zoroastriens, ou pour profiter des nombreuses sources d’eau minérale gazeuse qui surgissent du sol. Nous nous lavons occasionnellement (pas moyen d’être seuls et pas de salle de bain non plus bien sûr) lorsqu’une source d’eau chaude vient alimenter un bassin de bains publiques dans le village.


Samedi, nous nous retrouvons à la forteresse de Ratm, où la vallée du Wakhan donne naissance au corridor du Wakhan en Afghanistan et diverge au Tadjikistan pour grimper sur le plateau du Pamir. Bloqués car nous ne trouverons pas de transports avant le lundi, nous décidons de retourner voir une famille qui nous avait accueillis un midi pour le déjeuner dans le village de Zong. Mais comme la famille du village d’avant a raconté faussement qu’elle avait « même » égorgé un mouton pour nous, la famille de Zong veut faire mieux pour épater la vallée. Par peur de la rumeur qui dirait qu’ils sont radins ou pauvres, nous les voyons avec horreur sacrifier un de leurs 14 moutons pour nous offrir la viande que eux ne mangent jamais. Ce repas-là est un calvaire pour nous, et nous ne pouvons plus partir car ce serait une offense bien pire que la perte de leur mouton. Ils s’appliquent à ce que nous dégustions le foie et les abats. La viande est ensuite servie sans accompagnement, simplement revenue dans le beurre rance. Un vrai festin de carnivore. Maud qui ne se sentait pas très en forme, passe la nuit à vomir ce mouton non désiré. Le lendemain, elle a 40 degré de fièvre, nous savons désormais que le mouton, que nous a servi la famille qui a propagé le ragot, n’était pas du tout fraîchement égorgé. Pour sauver l’honneur, Cyril mange la part de mouton de Maud au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner du dimanche tandis qu’elle n’avale qu’avec difficulté un peu de thé sucré. La famille ne comprend pas qu’avec une « tablette », elle n’aille pas mieux. Naïveté concernant le pouvoir magique des médicaments que l’on retrouve le lendemain dans le bus lorsque, la voyant vomir, un monsieur lui demande pourquoi elle n’a pas pris de « tablette ». En fait, les tablettes d’aspirine ont à peine diminué la fièvre, les vomissements et les diarrhées sont continues depuis deux jours et de retour à Ishkachim, nous allons immédiatement à l’hôpital, de crainte que l’on ait à faire à autre chose qu’une intoxication alimentaire. Après une auscultation sommaire, le médecin diagnostique une déshydratation et elle a le droit a deux piqûres dans les fesses, dont on ne sait pas du tout à quoi elles servent. Cyril a prévenu la famille, qui nous avait accueilli le week-end dernier à Ishkachim, et ceux-ci accourent. Narguiz qui est infirmière à l’hôpital insiste pour que Maud soit traitée chez elle. Heureusement car un hôpital dans ces contrées lointaines, ce n’est ni très propre, ni très confortable... Maud a vexé le médecin en demandant si la seringue était stérile, mais c’était tout de même une vraie question. Narguiz installe Maud dans une chambre de l’appartement où elle reste allongée toute la journée avec une perfusion de sels minéraux dans le bras. Les parents partent le soir même pour la Chine où ils achètent régulièrement des produits comme des télés, lecteurs DVD, qu’ils revendent dans la région pour arrondir leur fin de mois. Nous restons tous les deux dans leur appartement avec leurs trois enfants. Nous sommes touchés de leur confiance et de leur générosité. Maud se remet doucement et nous partons Mercredi en direction de la capitale, Douchanbé.


VERS DOUCHANBE, Tadjikistan - 18 et 19 octobre 2006


En soit, un trajet en voiture n’est pas très compliqué, mais lorsqu’il a lieu au Tadjikistan dans les plus hautes montagnes du monde, sur les routes les plus défoncées, il peut devenir très difficile à vivre. Il nous faudra 28 h pour parcourir les 526 km qui nous séparent de la capitale. Nous ne passons le col enneigé de 3000m qu’avec l’aide d’un conducteur de jeep qui accepte de nous remorquer malgré ses propres dérapages sur la glace. La corde casse plusieurs fois entre les deux voitures et il nous faut 3 h pour monter les derniers 500 m de dénivelé. Nous finissons les 100 derniers kilomètres également remorqués par une jeep, car la voiture n’a finalement pas résistée aux traversées de rivières, aux glissades sur la glace et aux incessants raclages sur pierres... Bien fatigués, nous arrivons à Douchanbé vendredi dans la nuit et notre covoiturier nous invite à dormir chez lui. Nous voilà donc dans la capitale tadjike. Capitale que nous savons avoir été le théâtre des affrontements sanglants de la guerre civile, et dont le couvre-feu n’a cessé qu’en 2002. Nous sommes étonnés de découvrir une ville moderne, agréable et complètement reconstruite. Les citadins ont des allures d’Occidentaux avec leurs costars cravates et les femmes sont peu voilées, même si on est revenu en territoire sunnite. Après Kachgar et Bichkek, nous sommes désormais convaincus que les villes communistes, même si elle manque de charme ancien, ont l’avantage d’être aérées, propres et pourvues en nouvelles technologies...


Enfants vendant les pommes de leur jardin sur la route de Douchanbé

N'hésitez pas à nous envoyer des nouvelles sur notre mail ou à nous laisser un petit message sur le Livre d'Or du blog, cela nous fait toujours très plaisir de vous lire.


Sincères amitiés


Maud et Cyril

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En chargeant les photos..., lundi 23 octobre 2006

Coucou,


Je suis en train de mettre les photos du Tadjikistan sur le FEX de l’INSA. Ça fait deux heures que j’y suis et j’en ai un peu marre de me bousiller les yeux sur l’ordinateur. Surtout qu’autour de moi, y a plein de gamins hystériques qui grillent leur dernier neurone en jouant au jeu vidéo. J’en ai plein les oreilles de leur excitation collective. Ils jouent en réseau. Enfin, vous pourrez récupérer les photos ce soir. Je les ai beaucoup moins compressées cette fois-ci, j’espère que la différence sera assez significative pour que vous puissiez l’apprécier. On doit encore aller à la poste pour vous envoyer un colis avec les CD des photos originales. On espère que la Poste tadjike faillira à sa réputation de ne pas acheminer les colis jusqu’à leur destinataire...


Cyril est parti à l’ambassade du Turkménistan pour voir comment faire pour le visa. On a un problème avec le visa Iranien. On ne peut pas le récupérer avant le 26 ou 27 octobre, ce qui met un peu nos plans à l’eau. Du coup, on réfléchit à soit zapper l’Ouzbékistan, soit l’Afghanistan. Ça nous embête dans les deux cas. On essaie de trouver une solution avant la fin de la journée, mais c’est un peu compliqué, car il faut que l’on fasse notre programme en jonglant avec la validité des visas. Dans tous les cas, on devra faire de nouvelles démarches pour rallonger un visa, que ce soit l’Afghan, le Tadjik ou l’Ouzbek (il paraît que c’est impossible de la rallonger ce dernier). Bref, on s’arrache les cheveux. D’autant que j’ai perdu une paire de boules Quies et Cyril, qui a dormi sans pour me les laisser - c’est un ange -, s’est réveillé à 6 h du matin à cause du bruit de la circulation. De toute façon, dans cet hôtel débile, ils s’appliquent à venir vous réveiller à 7 h pour vous demander si vous rester la nuit suivante. Ça fait deux fois qu’ils nous font le coup !

 

Question pratique, on est plutôt content car on vient de récupérer nos affaires... propres. Ce qui est assez rare, sachant qu’on n'a qu’un T-shirt ! Quand il est sale, on a pris l’habitude de transpirer dans nos polaires...

 

On vous tient au courant. En tout cas, aujourd’hui on est encore à Douchanbé.



Maud

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Tétris ..., mercredi 25 octobre 2006

Comment jouez à Tétris en voyageant ?


Ce matin, nous avons appris que nous ne pourrions avoir notre visa à Douchanbé (Tadjikistan) pour l'Iran que le mercredi 3 Novembre prochain ; alors que notre visa tadjik se termine le 30 Octobre... Sachant que notre visa Ouzbek se périme le 15 Novembre et que nous voudrions visiter le pays un peu quand même. Sachant que notre visa Afghan se périme le 5 Novembre et que nous voudrions aussi aller un peu dans le pays. Et surtout, sachant que pour pouvoir aller en Iran, il nous faut traverser le Turkménistan et que pour traverser le Turkménistan, il nous faut un visa que l'on ne peut obtenir qu'en 10 jours en Ouzbékistan...


Voilà, notre tétris depuis ce matin. Nous y sommes encore cet après-midi à faire et refaire de possibles trajets. La suite au prochain mail. Nous ne savons pas encore si nous partons demain en Ouzbékistan ou en Afghanistan ! Rigolez pas parce que même Cyril a dit qu'il en avait marre de ce "?@~1`^&%$*^%$#" de voyage...         


Maud

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Changement de programme..., jeudi 26 octobre 2006

Ce matin à 8h nous étions prêts à monter dans le train pour Samarcande, quand soudain la madame du guichet a cru bon nous prévenir qu'il fallait un visa turkmène pour emprunter la ligne de train, car elle traverse un bout du Turkménistan. La ligne de train a été construite par les Soviétiques avant le tracé des frontières ... Or nous n'avons pas le visa turkmène. Un flic véreux nous a bien proposés de nous en faire un au noir (Il faut au moins dix jours pour en faire un à l'ambassade turkmène et seulement en ayant le visa du pays d'après), mais compte tenu de la dictature policière du pays, nous nous sommes dits que les prisons turkmènes devaient sentir le renfermé.


Finalement, nous prenons demain à 18h un avion en direction de la ville de Khojand (encore appelée Leninabad), d'où nous prendrons un véhicule pour passer la frontière ouzbèque et rejoindre Tashkent, la capitale. Là-bas, nous pourrons faire refaire un visa Afghan car le notre est périmé ! Après, enfin, on pourra visiter le pays.


Gros bisous,


Maud et Cyril

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