Carnet de voyage de Maud et Cyril

Kirghizstan

Кыргыз Республикасы

Kirghîz Respublikasî

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Les steppes kirghizes en septembre

Och, mardi 5 septembre 2006

Coucou,

Nous voilà à Och après un passage de frontière éprouvant. 24 h de bus pour faire 750 km, dont 5 h à la frontière (quatre heures pour les Chinois, une heure pour les Kirghizes !). La photo du passeport de Cyril se décolle à force d'être manipulée, ça devient problématique pour les contrôles militaires (on a failli ne pas sortir de Chine). Pour passer les marchandises achetées en Chine, nos compagnons de bus ont grassement allongé la patte à chaque contrôle et parlementé pendant des heures sur le prix à payer... Bref, nous avons très peu dormi malgré les couchettes. Nous restons à Osh demain pour prendre des infos pour la suite. On vous fera un mail de détails alors...


Gros bisous


Maud et Cyril

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Bischkek, mardi 12 septembre 2006

Hello à tous,


Nous sommes maintenant à Bichkek - la capitale du Kirghizstan. Par rapport à notre dernier mail, nous avons changé de cap pour transiter par la capitale dont l'accès depuis le lac où nous avons passé quatre jours est plus simple. Et il nous fallait faire un peu d'internet et acheter de quoi survivre dans les prochaines montagnes. Le trek autour des lacs de Saru Chelek était magnifique, nous nous sommes baignés dans de l'eau transparente au milieu de montagne du type Alpes du Sud. Trois jours de marche un peu fatigante, mais sous un beau ciel bleu. L'accueil Kirghize est un peu déconcertant au début, beaucoup d'hommes sont saouls et veulent boire avec Cyril. Après, ils veulent souvent savoir combien on a d'argent sur nous pour voyager, etc... Bref, Cyril était fier d'essayer son russe, mais plus il parle, plus on lui pose des questions sur l'argent, du coup, on abrège les communications. On est quand même tombés sur une famille très gentille chez qui on a logé avant de partir sur Bichkek, contre dédommagement, bien entendu. Ici, tout se paie ! Quelqu'un, qui vous pose quatre kilomètres plus loin vous fait payer. On vous invite à dormir de manière intéressée. C'est un peu agaçant car on ne sait jamais si on peut vraiment sympathiser.


On est monté à Bichkek (600 km sur l'autoroute Och-Bichkek) au bord d'un taxi particulier = un gars qui propose du covoiturage, comme il y en a beaucoup en ville et en campagne. On a dû se battre un peu pour le prix. Mais maintenant, on a conscience du coût d'un litre d'essence, d'une nuit chez l'habitant, de la nourriture, etc... Donc ça ira mieux pour la suite. On espère simplement pouvoir passer de bons moments avec des gens sans l'aspect pécuniaire en arrière fond...


Programme : de Bichkek, nous irons demain vers l'est, dans la ville de Tomak (80 km). De là, nous comptons traverser la chaîne de montagne du sud de Bichkek (l'Alatau Kirghize) vers Kochkor, en 3-4 jours de marche. Puis, de Kochkor, explorer le lac de Song-Kol et ses alentours. Ensuite, en fonction du temps qu'il nous restera, on ira vers Karakol, à l'est de l'énorme lac Issyk-Köl. À Karakol et peut-être à Kochkor, on pourra communiquer. Vous aurez nos nouvelles au pire à Och que nous retrouverons vers les 26-27 septembre.


Maud et Cyril

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Karakol, mardi 26 septembre 2006

Coucou,


Nous voilà de retour à Karakol en bien mauvais état. Finalement, nous n’avons fait que marcher au Kirghizstan et les rares jours de repos, que l’on s’est accordés, n’ont pas suffit... Maud partait pour ce trek de quatre jours avec une grande fatigue et une grande envie de vomir que l’on ne diagnostiquait pas encore comme une gastro-entérite.


Après un premier jour de marche sous la pluie, nous avons atteint avec bonheur les sources chaudes d'Altyn Arachan pour une soirée détente. Pas besoin de monter une énième fois la tente, nous dormons dans un vieux dortoir annexe des bassins d’eaux chaudes. Au plus proche du poêle puisque la température frise les zéro degrés.
Petite lecture avant le dîner !

Le lendemain est heureusement ensoleillé, mais la santé n’est toujours pas au rendez-vous. Malgré tout, un peu de volonté et beaucoup d’orgueil nous poussent une journée plus haut. Nous dormons à 3400 m. À 20 h, notre gant de toilette et notre tente sont raides de glace... Que nos duvets soient bénis, on a presque chaud ! Le troisième jour promet d’être difficile. Un col enneigé à 3800 m nous attend. Heureusement, il fait beau. Cyril commence lui aussi à avoir des nausées. Après un petit déjeuner, sitôt évacué, nous partons, un peu inquiets sur les conditions de passage du col. Parmi les randonneurs croisés la veille, certains disent que ça passe sans trop de problème, d’autres qu’il faut être équipé. Dans tous les cas, ils disent que c’est raide et délicat. Il est 11 h lorsqu’on se lance à l’assaut du col. Il est très pentu (60 % au moins) et plus ou moins bien enneigé. Suivant les conseils des randonneurs, nous prenons les traces de droites. Ou du moins, nous voulons rejoindre les traces de droites... mais commençons par attaquer au milieu, droit dans la pente. Impossible de rejoindre la droite, la neige est glacée sur toute la longueur qui nous sépare des traces. Nous continuons donc tout droit. Pas de problème jusqu’au 2/3 de la montée, la neige est assez épaisse pour que l’on s’y taille de bons escaliers. Maud est en tête, elle s’aide d’un bâton en guise de piolet. Cyril suit, il n’a pas trouvé de bâton dans la steppe alors il emprunte l’escalier tout tracé. Mais la pente devient plus raide et la neige n’est plus qu’une fine couche de glace sur de la terre glacée. Maud s’engage pour rejoindre des blocs rocheux qui semblent plus propices pour grimper en s’aidant des rochers. Elle arrive à peine au-dessus qu’elle glisse et avec le poids du sac, elle est entraînée vers l’arrière, en direction des blocs et de la pente neigeuse. In extremis, elle se jette vers l’avant et elle se colle à la pente pour arrêter de glisser. Ouf, elle s’arrête ! Elle est sauvée. Enfin presque, parce que le moindre mouvement menace de l’entraîner avec les pierres vers le bas. En relativisant, si elle se laisse glisser ce ne sera qu'une belle glissade de 50 m, mais à cause des rochers juste avant, elle ne préfère pas tenter le coup. Cyril, qui a pu éviter le passage par la gauche, réussi à se dégager de son sac et en se bloquant sur des pierres plus ou moins bien enracinées dans la terre, à se hisser à la force des bras jusqu’à une partie non glacée de la pente. Mais, ce n’est pas encore gagné. La pente est raide et la terre boueuse et gelée, un pas en avant en provoque trois vers le bas. Cyril manque de tomber en remettant son sac. À nous deux, on se sent pas très malins. Il nous reste encore pas mal de sueurs froides à avoir avant d’arriver en haut. À force d’écorcher nos mains à même la terre, la glace et la neige et de nous traîner en nous collant à la pente, nous arrivons extenués à 3800 m. De l’autre côté, face sud, il n’y a pas de neige. Soulagement. Avec la gastro, la fatigue et la peur nous sommes assez titubants et pas du tout assurés. Les nerfs craquent. Maud tombe et pleure plusieurs fois sur la descente. Heureusement, il n’y a pas de mal, mais la fatigue est dangereuse. Les pierriers se succèdent pendant près de quatre heures encore avant que l’on cède et plante la tente pour une nuit encore. On se promet que ce sera la dernière. Dans la nuit, Cyril tombe définitivement malade, tandis que Maud maintient son état stationnaire. Entre attaques de diarrhée, nausée, crises de nerf et abrutissement de fatigue, la quatrième journée nous voit sur les rotules. Nous marchons encore six heures sans rien avaler et à la limite de l’évanouissement avant de trouver un véhicule à 10 Km de la ville. Nous arrivons a l’hôtel sains et saufs et contents de l’être. Le paysage était magnifique, mais c’était une épreuve de trop.
























Le somptueux lac d'Alaköl dans les Tian Chan (monts celestes)

Aujourd’hui, nous nous disputons encore la place au toilette et notre seule sortie de la journée, à la banque, nous a vu avachir sur le comptoir pour éviter de tomber. On a quand même eu la force de pousser jusqu’au café internet où Maud végète en attendant que Cyril revienne de passer des coups de fils à sa banque. Car en plus, la banque pakistanaise de Lahore semble avoir transmis ses coordonnées bancaires à un magasin de soieries qui lui a débité 1 000 € sur son compte. Magasin que l’on ne connaît ni d’Ève, ni d’Adam...

Cyril vient d’apparaître à la porte du Café-Internet. Il n’a pas réussi à avoir sa banque au téléphone, car ses services demandent d’appuyer sur des touches pour être mis en relation, mais depuis le Kirghizstan, forcément, ça ne marche pas...et il est malade en plus.

Notre programme est de rejoindre Osh. On compte prendre un bus pour Bishkek demain, où l’on doit absolument faire une prolongation de visa, car le notre se termine le 30 septembre et il nous faut encore nous reposer avant d’attaquer les montagnes sauvages du Pamir tadjik. On devrait rejoindre Osh d'ici 2-3 jours. On doit y chercher un camion de marchandise pour rentrer au Tadjikistan car c'est le seul moyen de transport à priori. On se renseignera là-bas.


On pense d’autant plus fort à vous que c’est de réconfort et de confort qu’on a besoin...


Maud

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Mail d'étape reçu le vendredi 29 septembre 2006

KIRGHIZSTAN - 4 septembre au 1er octobre 2006

Bonjour à tous,


Nous vous avions laissés bien reposés à Kachgar. Après un mois au Kirghizstan, nous sommes maintenant sur les rotules. Quelques explications...


Frontière CHINE / KIRGHIZSTAN - 4 et 5 septembre 2006


Nous sommes dans un bus couchette à l’hygiène des plus douteuse depuis 24 h lorsque nous arrivons enfin à Och, au sud du Kirghizstan. Nous avons passé la nuit sans dormir, à rebondir à chaque chaos de la route. Route qui n’est plus qu’une piste depuis la frontière kirghize. Il nous aura fallu pas moins de cinq heures pour passer la frontière chinoise.


Dans le bus, il n’y a que des marchands venus s’approvisionner en Chine où les produits sont meilleurs marchés. À chaque poste contrôle, les discussions avec les autorités sont interminables. Il faut fixer la hauteur du bakchich... Ils payent pour éviter de défaire leurs paquets pour la fouille. Le passage de la frontière kirghize se fait à huit heures du soir dans un froid glacial. Le bus reprend la route dans la nuit. Lorsque l'on arrive à la première ville, tous les restaurants sont fermés. Si bien que ni les passagers, ni le chauffeur ne mangeront avant le lendemain matin.


OCH, Kirghizstan - Cafards et graisse de mouton, 5 au 7 septembre 2006


Och est la ville principale de la vallée du Ferghana, deuxième ville du Kirghizistan après Bichkek. La vallée du Ferghana est tristement célèbre pour avoir été le théâtre d’affrontements sanglants entre Kirghizes et Ouzbeks dans les années 90. L'URSS, après avoir divisé pour mieux régner, a laissé derrière elle des peuples déchirés par des frontières absurdes. Les premiers essais de Maud en langue kirghize se heurtent au sourire en or des Ouzbeks (car pour montrer sa richesse, on se fait poser le plus de couronnes en or possible, ce qui donne des sourires un peu trop métalliques - de notre point de vue). Finalement nous ne rencontrons quasiment que des Ouzbeks ici ! Heureusement, les langues ouzbèke et kirghize comme d’ailleurs les langues kazakhe et turkmène se ressemblent beaucoup, car elles sont issues de la langue turque. Et Maud s’entend répondre qu’elle parle Ouzbek avec l’accent kirghize et vis et versa. Cyril, quant à lui, teste le Russe qu’il a appris cette année. Ça marche comme sur des roulettes.

Nous récupérons de notre nuit blanche en faisant une sieste dans une chambre d’hôtel d’autant plus agréable que, par rapport à celles des hôtels chinois, elle nous paraît propre. Illusion qui ne perdure pas longtemps. À peine le soleil se couche-t-il sur la plaine sableuse qui entoure Och, qu’un cafard, puis deux, puis trois, puis dix sortent de dessous l’évier et galopent à travers la chambre. Maud essaie bien de se faire une raison, mais lorsqu’elle doit en chasser un de ses draps, s’en est trop. Elle ne supporte plus la cohabitation. Une nuit blanche de plus... à chasser le cafard à coup de claquette. Le matin venu, notre premier travail est donc de trouver un autre hôtel. Och nous permet cependant de prendre des informations et de goûter à nos premiers plats kirghizes. Les produits laitiers en tout genre sont délicieux, mais les chachliks (brochette de viande grillée) et les laghmans (spaghettis aux légumes et à la viande) sont, comme chez les Ouïgours, pleins de graisse de mouton. Nous apprendrons par la suite à nos dépens que l’alimentation kirghize se base quasi exclusivement sur la viande et les dérives de l’élevage (lait, beurre, crème et autres fromages plus ou moins rances). Avec notre changement d’itinéraire, nous sommes obligés de repenser notre tour au Kirghizstan. Les informations prises nous poussent à nous arrêter sur la route entre Och et Bichkek au niveau de Tashkomur pour remonter dans les montagnes au Nord vers le lac de Saru Chelek.


SARU CHELEK, Kirghizstan - A pied le long des lacs, 7-10 septembre 2006


Nous mettons une journée entre bus, taxi collectif et marche à pied pour atteindre le petit village de montagne de Kysyl-Suu. Au cours de ce trajet, nous avons nos premiers contacts avec la population. Premiers contacts plutôt décevants. Nous comprenons vite que l’argent est un facteur clé chez les Kirghizes. Au lieu de nous prendre gratuitement en stop, le chauffeur nous demande un prix exorbitant pour faire 3 km. Les hommes, souvent ivres (la vodka russe a fait beaucoup de dégât en Asie centrale), veulent savoir combien nous avons d’argent sur nous. Lorsqu’on nous invite à dormir, c'est contre rémunération. Pas d'hospitalité spontanée donc, et pas de service offert non plus. Après la gentillesse pakistanaise, nous déchantons. À notre arrivée au village de Kysyl Kul, nous nous dirigeons vers le fameux CBT. Le CBT est un organisme d’écotourisme qui s’est développé au Kirghizstan sur initiative occidentale au cours des dix dernières années. Si originellement, l’écotourisme est basé sur des valeurs peu critiquables - développement d'un tourisme propre et aide à la population locale par redistribution de l’apport financier lié au tourisme - nous nous sommes vite rendus compte que, concrètement, nous étions loin des beaux principes. Les prix pratiqués par les familles sélectionnées par le CBT pour accueillir les voyageurs sont démesurés (la moitié du salaire mensuel moyen pour une nuit en pension complète). Les familles d’accueil sont toujours celles qui gèrent le CBT local et, de fait, celles qui s’enrichissent outrageusement. Elles ont, en plus, tendance à favoriser leur propre famille (cousins ou amis) pour les services annexes (guides, randonnées, etc...). La présence de cet écotourisme pourrit la relation à l’étranger, du moins pour nous. Les gens du village se font concurrence pour vous accueillir, car ils savent qu’ils seront bien rémunérés. Quand nous demandons une information à des gens, ils nous renvoient parfois d’un geste dédaigneux vers le CBT le plus proche, disant qu"ils n'ont a rien à voir avec les touristes.                                                           

Le lac turquoise de Saru Chelek, coincé entre ses collines abruptes


Enfin, nous décidons de partir seuls dans la montagne pour une boucle de trois jours. Ce premier trek, au Kirghizstan, nous réserve tout de même quelques surprises. Les travailleurs de la DDE locale, qui construisent une piste pour relier le village au premier lac, nous offrent de la soupe au chou à midi, dans leur wagon. Outre qu’il faut gérer les débordements de l’alcoolique de la bande, c’est un intermède plutôt sympathique qui nous fait revoir nos idées noires sur l’hospitalité kirghize. Pendant ces trois jours, il fait très beau et l’eau transparente des lacs nous invite à la baignade et à la détente. On prend même le temps de faire notre lessive et de se laver les cheveux dans l’eau du lac. Eau qu’on utilise aussi - on n’a pas le choix - pour la boisson et la cuisine. Ce premier lac aurait cependant dû nous inquiéter un peu plus, car il faisait des « glop, glop » étranges... Une personne locale nous a appris deux jours plus tard que trois personnes ont disparues dans l’été alors qu’elles nageaient. Siphon ou monstre du loch Ness, la question reste ouverte ! Nous avons tout de même remercié l’eau d’être tellement froide que nous ne nous sommes pas trop éloignés des berges. Cette première soirée s’annonce tout de même sympathique avec cuisine de camping au feu de bois. La rencontre de quelques bergers, entamés à la vodka, ne nous inquiètent pas dans un premier temps. Pourtant, la nuit tombée, nous sommes dans notre tente et ne pouvons fermer l’œil : des bruissements, non identifiés, se rapprochent plusieurs fois de la tente, puis un cri ! Un berger rappelle à l’ordre son cheval trop curieux qui s’est égaré jusqu’à l’entrée de la tente. Est-il soûl ? Veut-il trinquer avec Cyril comme ceux rencontrés quelques heures plus tôt ? Autant de questions qui nous taraudent d’autant plus que nous nous sentons terriblement vulnérables... Cyril reste éveillé, ayant la charge de surveiller les bruits suspects. Et il y en aura beaucoup. Toute la nuit, défilent en plein milieu de la montagne les chevaux, les vaches et leurs bergers ivres ! Heureusement, notre paranoïa n’est pas justifiée et nous finissons notre boucle de trois jours en admirant des lacs magnifiques encaissés au milieu des montagnes. Arrivés au petit village d’Artik, nous sommes heureux de dormir chez Nazia pour la moitié du prix d’une famille CBT. Son accueil chaleureux nous réconcilie un peu... avec le beurre rance qu’elle nous sert au petit déjeuner en accompagnement du thé. Heureusement, qu’il y a le très bon miel kirghize !

Hébergement dans la famille de Nazia


CHAMCHI, Kirghizstan - Traversée de l'Alatau, 11 au 15 septembre 2006


Arrivés le lendemain à Bichkek, à 600 Km au Nord d’Artik, en « taxi collectif », c’est-à-dire à bord de la voiture particulière d’un des innombrables "type-qui-a-fait-venir-son-Audi-au-compteur-bloqué-d'Allemagne-et-qui-fait-taxi

-car-les-temps-sont-durs-depuis-la-chute-de-l'URSS", nous réglons quelques détails administratifs (obtention d’un permis pour entrer au Tadjikistan en Octobre) et décidons de traverser une partie du centre du Kirghizstan, l’Alatau Kirghize... à pied. Bichkek est une petite capitale à 800 m d’altitude de un millions d’habitants, principalement Kirghizes et Russes, sans charme, mais pas désagréable. En toile de fond, les montagnes de l’Alatau qui culmine à 4 900 m. Mieux que Chamonix ! Le jour suivant, nous sommes à Chamchi, à l’Est de Bichkek, pour entamer la traversée de la vallée de Chamchi, le long de la rivière de Chamchi pour arriver à Chamchi de l’autre côté des monts Alatau (c’est comme si Courmayeur s’appelait aussi Chamonix...). Chamchi-Chamchi donc, en quatre jours épuisants et coupés de toute civilisation. Plus on avance, plus il pleut. Il finit par neiger au col de Chamchi à 3700 m. Mais les loups semblent nous guetter, comme nous ont prévenus les bergers kirghizes qui nous ont tous demandés si on avait une carabine… et nous passons de nouveau des nuits sans beaucoup fermer l’œil: Maud entend des jappements, Cyril un hurlement. Malgré la température et le temps, nous devons traverser plus de dix fois la rivière en enlevant nos chaussures de marche pour ne pas les mouiller. Les Kirghizes se déplacent systématiquement à cheval et ils n’ont pas pensé à faire des ponts pour les piétons. On les maudit ! On marche pendant deux jours avant de voir se profiler le col enneigé de Chamchi, vers midi, le troisième jour. Une tempête de neige menace. Les nuages nous cachent le col par intermittence. Nous craignons de le passer dans ces conditions. Une chute supplémentaire de température serait difficilement supportable malgré notre matériel et le brouillard est dangereux. Hésitants à poser la tente avant le col, nous décidons alors de nous préparer une soupe pour nous réchauffer et réfléchir, mais le briquet chinois nous lâche. On n'a plus d’alternative. Il nous faut passer aujourd’hui. Nous hésitons encore, car nous n’avons pas assez de nourriture pour tenir un jour de plus sans réchaud. Il nous reste deux pique-niques. Rebrousser chemin demande au moins deux jours. Nous espérons passer aujourd’hui et en forçant un peu nous souhaitons rejoindre un village dans la soirée. Nous nous lançons donc, battus par le vent et une grêle intermittente. Nous remercions notre matériel, thermolactiles, micro polaires, ponchos, gants et bonnets nous tiennent bien au chaud. Le chemin est bien visible malgré la neige et nous parcourons les derniers 800 m de dénivelés sans trop de problème d’autant que nous avons le droit à de furtives éclaircies. Ouf ! Nous sommes passés et la face sud qui nous attend est déneigée. Il ne reste plus qu’à descendre. Et vogue la galère... Une pluie torrentielle moitié grêle nous fouette le visage et il n’y a toujours pas de ponts pour traverser les rivières. Le chemin est très long et à la nuit tombante, trempés et glacés, nous devons abandonner la partie et planter la tente. Nous grignotons sans appétit notre dernier sandwich avant de sombrer dans un sommeil cafardeux. Le lendemain, nous repartons sous le soleil cette fois-ci pour les derniers kilomètres avant Chamchi. Mais une scène surprenante nous attend à mi-chemin : attroupés à coté de leur wagon d’été, des Kirghizes semblent très affairés. Nous mettons un peu de temps à admettre ce qui se déroule  juste sous nos yeux. À notre gauche, trois hommes sont en train de griller au chalumeau la peau d’un mouton égorgé. À notre droite, ils alignent les organes et les os soigneusement découpés d’un animal sur une peau ensanglantée posée à même le sol. Un peu plus loin, gît la tête... du cheval. Les hommes, affables, se précipitent pour nous indiquer le chemin sur notre carte avec leurs doigts ensanglantés. Malgré le manque de nourriture, la nausée vient.                                          

Les parties du cheval sont soigneusement découpées et lavées


Ils proposent de nous amener à la ville en voiture et nous invitent à patienter au chaud dans leur wagon pendant qu’ils terminent leur travail de chirurgie. Pour nous réchauffer, le maître des lieux nous soigne à la vodka, difficilement refusable, car ils sont sensés faire cesser nos grelottements de froid. Heureusement, sa femme nous sert du thé et du pain, beaucoup plus efficace pour ce dont on souffre : la fatigue et la faim. Maud, sans doute aidée par la boisson, immortalise l’équarrissage en photo. Il est bientôt midi, et ce que l’on redoute arrive... Un gargantuesque plat de foie de cheval, tout frais, est posé sur la table. La vision, embrumée de vodka, de ces gros Kirghizes parlant fort et plongeant leurs doigts à peine nettoyés dans l’énorme plat de foie pour remplir son assiette a rendu Maud végétarienne et sobre pour quelque temps. Nous partons finalement avec eux en voiture, ils vont vendre la viande à Bichkek et nous déposent en passant dans la ville de Kochkor. Lorsque nous croisons de leurs amis sur la route, nos hôtes sortent une bouteille de vodka du coffre et chacun leur tour raconte une petite histoire avant d’avaler cul sec leur énième verre - du fait de notre faible expérience, on a le droit à une remisede quelques verres !      

            L'équipe des équarrisseurs de la steppe                      



SONG KÖl, Kirghizstan - Les steppes kirghizes, 16 au 20 septembre 2006


Halte à Kochkor, le temps de laver nos fringues et refaire le plein de nourriture avant de repartir à pied pour rejoindre le lac de Song Köl à 3000 m d’altitude. Dans cette région du centre du Kirghizstan, le paysage est un appel au nomadisme. Nous sommes au milieu des steppes de l’Asie Centrale, ces vastes étendues d’herbe rase où le cheval est roi. Nous marchons une première journée fascinés mais également démoralisés par l’immensité des steppes. On a l’impression de ne pas avancer... La nuit est écourtée, cette fois-ci, par les grognements tous proches de ce que nous suspectons être un chacal. Pour le deuxième jour, nous décidons de nous mettre à la mode du pays et partons à cheval accompagné par un berger kirghize. Pour Cyril, c’est un baptême superbe. Nous galopons sur une steppe immense le long du lac bleu profond de Song Köl, entourés par des montagnes aux rondeurs enneigées. Ayant parcouru la distance plus vite grâce au cheval, nous rentrons à Kochkor le soir, pour repartir à l’aube vers Karakol à l’Est du pays.


Pause midi dans la yourte


KARAKOL, Kirghizstan - Ras le bol de la marche et gastro-entérites, 21 au 27 septembre 2006


Voici l’étape de trop. Enfin, plutôt le trek de trop car nous aurions pu nous reposer près de l’énorme lac d’Issyk-Köl. Pas très en forme, surtout pour Maud, nous enchaînons encore sur une randonnée de quatre jours, la plus éprouvante depuis le début de notre périple. Col à 3900 mètres, dénivelé positif de 2500 m, avec nos 20 Kg sur le dos. Même si la première étape nous permet de nous baigner dans les sources chaudes d’Altyn Arachan, nous traînons une fatigue irrécupérable. Le col enneigé est très raide et Maud manque de basculer avec son sac. Une belle frousse ! Les mollets faiblards, nous atteignons quand même le merveilleux lac d’AlaKöl à 3500 m et nous redescendons dans la vallée de Karakol en titubant d’épuisement pendant deux jours. Dans la pension où nous restons deux nuits, nous sommes terrassés par une gastro qui est à peine résolue à ce jour. Au lieu de nous reposer, nous devons en plus nous occuper de l’utilisation frauduleuse de la carte bancaire de Cyril.


Nous sommes maintenant de retour à Bichkek et, cette fois-ci, on se repose pour de bon. Nous sommes dans l’appartement d’une famille au centre de Bichkek. On a le droit à des bons petits plats et à la chambre des parents. Nous dormons presque exclusivement chez l’habitant au Kirghizstan, car les hôtels à petits budgets sont rares. Cela nous permet aussi de découvrir un peu de la culture locale, même si cela s’arrête souvent aux tapis accrochés au mur. Les Kirghizes rencontrés communiquent peu et tout service étant payant, notre relation aux familles manque souvent de naturel. Heureusement, nous sommes en ce moment dans une famille sympathique dont le niveau de vie et d’éducation est tout à fait identique au nôtre.  Malgré les critiques dues à l’omniprésence de la viande, on mange quand même bien au Kirghizstan. Ils ont tout une déclinaison de crèmes et de yahourts, des confitures maisons, du miel et des crêpes qui font des petits déjeuners excellents.


Programme :

Nous nous dirigerons dès demain vers le Tadjikistan, après une pause prévue à Och pour peaufiner notre convalescence. La route du Pamir nous est ouverte grâce à l’obtention du permis GBAO nécessaire pour traverser la région. Les paysages du Kirghizstan nous ont enchantés, mais les mystères du pays nous ont été difficiles à percer. Pour celui qui souhaite retrouver des restes de la route de la soie, il lui faudra gratter la terre avec sa propre pelle et disposer d’un petit pécule prévu a cet effet !


Cyril et Maud

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Mail thématique reçu le vendredi 29 septembre 2006

Le NOMADISME au QUOTIDIEN

Pour ceux qui trouvent que décidément ça paraît trop facile, voici le mail ''côté pratique''… et vous comprendrez que le nomadisme a bien des inconvénients.


Être et rester propre

Durant notre mois au Pakistan, nous nous sommes toujours lavés au baquet d'eau froide. Baquet d'eau qu'on demandait avec beaucoup de gêne à la famille qui s'étonnait de nous voir nous laver tous les jours à l'eau glacée. Eux se lavaient, certes, une fois par semaine, mais à l'eau chaude. Lavage d'autant plus délicat qu' il avait lieu dans les toilettes au fond du jardin, la terre battue devenant de plus en plus boueuse... Tant et si bien que lorsque nous sommes arrivés dans notre premier hôtel chinois et que l'on nous a apporté une thermos d'eau chaude, nous l'avons utilisé pour nous laver avec le baquet qui traînait sous le lavabo. Nous avons ri jaune lorsqu'une autre touriste nous a appris que la douche chaude fonctionnait très bien, que la thermos était destinée au thé et que nous avons compris que le baquet servait pour récupérer l'eau d'une fuite de la canalisation du lavabo... En Chine donc, les douches existent. Encore faut-il que l'eau soit chaude ou que l'on puisse régler la température. Maud a dû sortir précipitamment de la douche à Kashgar, car elle devenait de plus en plus brûlante et qu'on avait aucun moyen de la régler. Elle a fini de se rincer au lavabo… à l'eau froide. Au Kirghizstan, nous savourons notre chance : les guesthouses ont des douches et de l'eau chaude. Mais baquet est synonyme de confort lorsque l'on pense à nos lavages en extérieur. Les rivières et les lacs, vous vous en doutez, ne sont pas des plus chauds à 4500 m d'altitude et surtout en septembre.                                     

Lavage à la main


Nous sommes parfois restés dix jours dans l'impossibilité de nous laver les cheveux tellement l'eau était froide. On a dû quand même attraper froid une bonne dizaine de fois en se forçant à se laver par une température extérieure de 5 degrés avec de l'eau frisant avec les 3 degrés. La dernière rivière en date a gelé trois heures après notre passage. Mais tant que l'on peut se laver avec l'eau courante des rivières tout va bien. Que dire de nos lavages de cheveux et de vêtements dans un lac. Lac dont, on n'a pas le choix, on devra boire l'eau aussi. On retrouve des pellicules de boue accrochées dans nos cheveux et nos vêtements encore trois jours après... Et pour réussir à se laver, encore faut-il prendre ses précautions. Pour se dissimuler aux regards dans les montagnes pakistanaises, il faut être prêt à se jeter dans l'eau glacée de la rivière au premier curieux et vérifier au préalable que quelqu'un n'est pas monté dans un pommier alentour pour vous observer (c'est du vécu…). Dans les hôtels, vérifiez que quelqu'un n'a pas le nez collé à la fenêtre des toilettes (c'est du vécu...). Au Kirghizstan, demandant à nos hôtes de quoi se laver, nous nous sommes entendus répondre d'aller à la rivière. Nous avons donc attendu le crépuscule pour nous cacher derrière un arbre bordant le ruisseau pour nous laver en grelottant au beau milieu du village. Bref, être propre sur soi n'est pas si naturel dans tous les pays du monde... Impossible de trouver une machine à laver depuis le début du voyage. Savon de Marseille et eau froide autant vous dire que nos mamans hurleraient en voyant l'état de nos pantalons et de nos tee-shirts ! D'autant que faire la vaisselle, la lessive ou encore se laver en montagne devient de plus en plus difficile avec l'hiver qui approche.


Les toilettes


Au Pakistan, les toilettes publiques n'existent pas. Quand une femme occidentale a une envie pressante, on l'emmène dans la maison la plus proche. En Chine et au Kirghizstan, les toilettes publiques sont le sujet de rigolade favoris des voyageurs occidentaux. Les toilettes sont de vulgaires trous percés dans la terre ou le ciment encadrés par trois planches de bois pour votre intimité, tandis que le papier toilette est tout simplement le journal du matin. Bien sûr, elles sont situées au fond du jardin qu'il pleuve ou qu'il neige. La vraie particularité des toilettes publiques, dans ces pays-là, est l'absence de séparation entre les différents trous. Vous pouvez donc tranquillement discuter avec votre voisin...


      Toilettes à ciel ouvert


Le camping par tous les temps

Nous passons tout notre temps en extérieur. Quand il fait beau, c'est génial. Mais parfois, c'est un peu plus difficile. Lorsque l'on doit monter la tente par zéro degré, à moitié sous la pluie, à moitie sous la neige, on ne sourit pas beaucoup. Lorsque définitivement trempés et glacés, nous n'arrivons pas à faire fonctionner le réchaud et que, comme unique repas du soir, on finit nos sandwichs du midi, on fait carrément la tête. Avec l'automne qui se pointe, nous restons de plus en plus souvent bloqués sous la tente pendant des journées entières sous la pluie. Le yam's, c'est sympa, mais, au bout de la dixième partie, autant vous dire qu'on s'embête un peu... Heureusement, qu'on a encore des choses à se dire !                                                                         Préparation du feu


Manger par tous les temps et tous les plats

Question camping, nous avons eu pas mal de mésaventure question ''manger chaud''. Deux fois, le briquet nous a lâché (impossible de retrouver les allumettes) alors qu'il ne nous restait que de la nourriture à cuire pour le soir, que l'on était à deux jours de marche du premier ravitaillement et qu'il n y avait pas d'arbre pour faire de feu. On peut vous assurer que partir en trek avec nous est très bon pour le régime... D'autant que nous mangeons invariablement dans nos deux bols en plastiques vert et violet depuis trois mois et que tout ce que nous avalons a le goût invariable de ces deux bols en plastique vert et violet. Ces fameux bols en plastique vert et violet, comme tous les bols en plastique du monde, se lavent très mal (surtout au savon de Marseille dans l'eau glacée des rivières ) et lorsque l'on boit le thé après la soupe, le thé a le goût invariable de la soupe. Soupe au goût d'autant plus invariable qu'elle est toujours lyophilisée et donc pleine de l'eau traitée à l'Aquatab de la rivière ou du lac. Lyophilisés que nous mangeons invariablement, car ils sont si légers dans notre sac ; mais, malheureusement, ils le sont aussi... dans notre ventre !


Question nourriture en zone civilisée, le problème reste entier. Au Pakistan, chapatis, riz, lentilles et légumes... à l'huile invariablement. Tout juste si Maud ose demander de changer les patates en petit pois un jour sur deux... Et que choisir sur les cartes des restaurants en alphabet cyrillique ou en Chinois ? Comment refuser sans blesser votre hôte le quinzième morceau écœurant de foie de cheval (que vous avez vu découper devant vos yeux) qu'il vous offre ? Comment refuser le troisième verre de vodka que vous tend le Kirghize assis en face de vous au nom de l'amitié internationale ? Comment expliquer que vous désirez un plat sans viande et une simple salade de tomates quand la serveuse ne comprend pas un mot d'anglais et qu'il n'existe aucun plat sans viande sur sa carte ?



Dormir dans toutes les conditions


D'accord, la tente penche un peu... D'accord, il pleut et une flaque commence à se former en dessous de nos matelas... D' accord, on est un peu serrés car on a tout mis à l'intérieur pour pas que ça se mouille... D'accord, il y a des loups qui hurlent au loin... D'accord, il y a aussi des ours dans la région... D'accord, on a oublié de mettre le sachet de nourriture à l'extérieur de la tente... D'accord, il y a un risque de chute de pierre... D'accord, il fait très froid dès que tu sors ta tête du duvet... Mais il faut dormir quand même, car nous marcherons encore toute la journée demain...

                                         Réveil humide et glacé


Les dangers et peurs

Camper dans des zones reculées pose toujours le problème de la tranquillité d'esprit. Surtout lorsque l'on a l'imagination fertile...


La peur des loups : Lors d'un de nos treks, les bergers nous demandaient si nous avions un fusil pour les loups. Nous avons commencé par rigoler en exhibant la lame de 4 cm de notre couteau suisse... Mais plus nous nous éloignions des zones fréquentées et moins nous rigolions. Lorsque les premiers hurlements de loups ont retenti dans la nuit noire, nous ne rigolions plus du tout. Lorsque le lendemain, hésitant à passer un col difficile sous la neige et qu'autour de nous des jappements se sont fait entendre, nous avons vite pris la décision de passer, car on n'avait pas très envie de camper là.


La peur des gros poilus : quand il s'agit de camper en zones peuplées d'ours, nous sommes encore plus inquiets. Nous essayons de ne jamais oublier de mettre la nourriture dans un arbre assez loin et de faire du feu autant que possible. Nous n'avons cependant jamais encore eu le plaisir de prendre notre repas du soir avec un ours.


Le chacal : nous rentrions vers notre tente en traversant la steppe, éclairés à la lampe de poche. Nous avions pris le repas du soir chez des Kirghizes dans une maisonnette un peu éloignée. Un chien aboyait, posté à quelques dizaines de mètres de la tente. Ayant supposé qu'il n'appréciait pas de nous voir débarquer dans la nuit noire à quelques 800 m de la maisonnette de ses maîtres, nous laissions faire et allions nous coucher en espérant qu'une fois la lampe de poche éteinte, il se calmerait. Mais, en écoutant plus attentivement, nous nous rendions compte que le chien n'en avait vraisemblablement pas après nous, mais après un deuxième animal qui grognait... juste à côté de notre tente. Grognements suffisamment caractéristiques pour qu'on les attribue à une sorte de chien ou de loup. Ignorant la nature exacte de la bête, nous décidions en premier lieu de sortir mettre la nourriture à l'extérieur de la tente. En notre absence, c'était ce qui l'avait sans doute attiré. Munis de bâtons et de pierres, nous étions donc, pas très fiers, en train de grimper dans l'arbre tout en guettant les mouvements alentours. De retour dans notre toile protectrice, nous songions à faire fuir les deux imposteurs qui étaient d'ailleurs sur le point d'en venir aux crocs. Prenant ce qui nous tombait sous la main, en outre les casseroles, on faisait du bruit. Le tintamarre était tel qu'il les a fait décamper en moins de deux secondes. On entendait le chien qui continuait à aboyer mais depuis la porte de sa maison... et le grognement a cessé. Le lendemain, un Kirghize a identifié l'animal, nous avions probablement eu à faire à un chacal.


Les hommes : Les animaux font, certes, peur, mais un homme alcoolisé est bien plus dangereux. Au Kirghizstan, nous essayons autant que possible de ne pas nous faire voir lorsque l'on plante la tente, car nous redoutons de voir débarquer en pleine nuit des kirghizes en mal de vodka, d'amis ou d'argent.


En conclusion, veuillez apprécier pour nous... votre prochaine douche chaude, votre café du matin, votre lit douillet, votre radiateur électrique, votre prochain petit plat...


Maud et Cyril
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