Carnet de voyage de Maud et Cyril

Chine (Xinjiang)

中华人民共和国

Zhōnghuá Rénmín Gònghéguó


______________________________________________________________________


Préparation des brochettes à Kachgar

Kachgar, lundi 28 août 2006

Coucou,


Nous voilà à Kachgar, en Chine dans la province autonome ouïgoure, depuis hier soir. Nous sommes dans un super café Internet avec ADSL. Un grand luxe après le Pakistan. On espère que vous avez bien reçu de nos nouvelles par Stéphane, un Français qu'on a chargé de vous mailer, car le net ne marchait pas du tout à la fin de notre traversée du Pakistan. La Chine, c'est le choc culturel. Surtout quand on sort du Pakistan. A suivre sur le mail collectif.

On se repose à Kachgar. On en avait bien besoin. On a passé notre dernière semaine pakistanaise entre 3000 et 4726 m à trekker et à camper. On reste donc dans la ville quelques jours. C'est l'occasion pour s'appeler. Car en Asie centrale, le téléphone est apparemment compliqué  [...].


Maud et Cyril

______________________________________________________________________

  

Mail d'étape reçu le samedi 2 septembre 2006

CHINE (XINJIANG) - 26 août au 3 septembre 2006             

Nihao !

Nous voici sains et saufs dans l’Empire du milieu. Et pourtant, le coin de la Chine que nous abordons est peu représentatif de la Chine de Shanghai ou de Pékin. Nous sommes au Xinjiang, province autonome, comme le Tibet, et musulmane. C'est une région dont la culture ancestrale est en train de disparaître sous le rouleau compresseur de la sinisation.

Pour nous, c’est cependant l’étape du repos, de l’accès à la technologie Internet (ouf !) et de la dégustation des variétés culinaires des Chinois et des Ouïghours (habitants du Xinjiang).


TASHKORGAN et lac KARAKUL, Xinjiang - Haut pâturage du Pamir en Xinjiang musulman, 26 et 27 août 2006

Nous arrivons en Chine par une route spectaculaire. Le col du Khunjerab (4800 m) fait la transition des paysages de l'Himalaya pakistanaise aux reliefs accidentés et de ceux de la chaîne du Pamir centre asiatique. L'Asie Centrale commence ici comme en témoignent les hauts pâturages peuplés de
yaks et de chameaux. Nous imaginons l’ambiance sur les pistes de l'époque de la route de la soie. Le passage de la frontière chinoise nous fait tout drôle. Après nos thés au lait d’accueil
au Pakistan, le changement est abrupte. « Restez en ligne » sont les seuls mots d’Anglais que les militaires baragouinent sans arrêt. On croirait presque que le désordre leur fait peur. La vérification des bagages est toute technologique (rayons X) et on prend même notre température pour vérifier qu’on ne soit pas atteint de la grippe aviaire, cot cot, cot... Puisque tout est en règle, nous avons coché « Non » sur les cases diarrhées, toux et maux de tête (les menteurs ...), nous rentrons donc en Chine. Nous faisons halte à Tachkorgan dont la langue est le Ouïghour (langue d'origine turque). Les immenses avenues propres et vides de la ville sont assez représentatives de la tentative de maîtrise communiste, mais les Ouïghours restent imprenables pour cuire le pain au four archaïque et servir des brochettes au mouton. Nous passons une soirée mémorable autour d’un bon plat de spaghettis fraîches aux poivrons (spécialité ouïghoure et non italienne !). Lorsque nous tentons de communiquer en Ouïghour grâce à notre petit guide de conversation (bénit-soit-il, dans ce pays ou l'Anglais est banni !), les serveurs se déchaînent et la moitié de la salle nous entoure pour discuter et rire. De belles photos et l’estomac bien rempli, nous repartons le lendemain en bus vers Kachgar. L’accueil des Chinois administratifs est très décevant - militaires exigeants, tarifs surtaxés pour les étrangers, bousculades bestiales pour acheter son billet de bus... Nous deviendrons difficilement sinophile (merci et bonjour sont absents du langage courant). Le Pakistan, si proche, nous manque terriblement. D’autant que la communication est impossible et Cyril, qui a, à son tour, une tourista terrible, parvient péniblement à obtenir un arrêt du bus. Heureusement, le paysage est magnifique. L’arrêt se fait au lac du Karakul, une étendue d’eau bleu glacier surplombée par les pics enneigés du Muztag Ata (7500 m) et du Komgur (7700 m) et entourée de steppes verdoyantes ou paissent yaks et chevaux. Des glaciers véritablement gigantesques dégoulinent telle de la crème chantilly depuis les sommets jusqu'au lac.

KASHGAR, Xinjiang - Repos gastronomique, Internet et rencontres ouïghoures, 28 août au 3 Septembre 2006

Kashgar, à 4000 Km à l’Ouest de Pékin est le symbole de la route de soie. Plusieurs routes se croisaient ici, venant des montagnes du Pamir, de la plate Russie, du désert du Taklamakan, de l'Inde ou encore de l’Afghanistan pour échanger tissus, épices, animaux, esclaves et tant d’autres choses. Dans un premier temps, nous ne voyons que le bout émergé de l’iceberg, c’est à dire les grandes avenues et bâtiments rectilignes chinois. Mais le calme qui règne est très appréciable et nous pouvons enfin communiquer avec famille et amis... La variété de nourriture est impressionnante, entre les marchés abondant de raisins, pastèques, figues et pêches, la cuisine ouïghoure (brochettes, spaghetti, soupe) et chinoise (ravioli, etc...). Nous sentons qu’il nous faut rester plusieurs jours avant d’attaquer le Kirghizstan nomade et montagneux. Après nos quotidiens riz et dal pakistanais, ça change.

On imagine difficilement la Chine musulmane, et pourtant Kashgar en est le cœur. Les femmes portent des fichus sur la tête et des collants épais recouverts par des chaussettes. Comme elles marchent en talons aiguilles, l’habit est un peu déconcertant, mais il se dégage de certaines d’entre elles un charme nouveau : peau mate, yeux légèrement bridés et taille haute. La présence des femmes est en tout cas nouvelle pour nous. Surtout qu’on les trouve au travail dans la plupart des restaurants et des bus. Les hommes, quant a eux, portent le béret et le veston, ce qui leur donnent un style des années 1920. Ils sont un peu trapus, comme les Turcs.

La partie de la vieille ville ouïghoure est grouillante de monde, débordante d’odeurs et de couleurs. Les marchés aux épices, au mouton et aux fruits se disputent la place avec les vendeurs de beignets, de tissus ou les cireurs de chaussures. Nous nous sentons un peu comme au Maroc dans les médinas. L’accueil des locaux est très sympa. Ils adorent se faire photographier. Nous sommes encore habillés en shalwar kameez pakistanaise et on entend chuchoter derrière nous ... "Pakistan ?". Les deux peuples étant musulmans, ce n’est pas à notre désavantage. Nous sommes même invités à dîner par une étudiante chez ses parents. Elle voudrait pratiquer son Anglais. La rencontre est très sympathique malgré le faible niveau d’Anglais de la jeune fille. Maud se fait encore chouchouter. La maman l’adore. Le dîner est typiquement ouïghour, une soupe de pâtes fraîches au mouton. Nous sommes invités pour le déjeuner du vendredi. Le vendredi midi, nous dégustons les laghmans de la maman, pâtes fraîches aux petits légumes et au mouton. La mère offre même un châle de Kashgar à Maud. Entre deux rendez-vous, nous profitons de notre petite semaine de repos pour flâner dans la vieille ville, goûter des bon petit plats et discuter avec d’autres voyageurs. Dans la rue, nous croisons parfois des femmes dont la tête est entièrement couverte par une espèce de serviette de bain marron très moche. Après observation, on suppose que ce sont les bourgeoises de la ville... D’une manière générale, on sent fortement la présence chinoise. Les muezzins ne chantent pas. Les jeunes gens ne peuvent pas se marier avant d’avoir fini leurs études et les familles doivent payer au-delà du deuxième enfant. Les femmes chinoises sont habillées à l’Européenne et les jeunes filles ouïghoures portent le foulard en fichu et souvent assortis avec le jean ou la jupe a mi-mollet. La jeune fille de la famille confie à Maud qu’elle a un boyfriend ! Ça nous change, décidément.

En attendant le pain dans le vieux Kashgar

Finalement, ce samedi nous nous sentons bien reposés et prêts à continuer notre route vers l’ouest. Nous prenons un bus lundi pour Osh au Kirghizstan. Notre route diffère de celle initialement prévue, car le col de Torugart que l’on devait emprunter est fermé aux étrangers qui ne veulent pas payer une logistique spéciale pour touristes (jeep, guide, etc...). Nous appréhendons un peu les militaires qui ont la réputation d'être véreux en Asie Centrale et la graisse de mouton qui, comme on a déjà pu le tester ici, est la base de l’alimentation.

En espérant que tout se passe bien pour vous, nous vous donnons rendez vous pour notre prochaine connexion ! N'hésitez pas a nous donner de vos nouvelles, ça nous fait plaisir de vous lire. C’est une bouffée d’air du large...


Sincères amitiés,

Cyril et Maud
_____________________________________________________________________
 

En haut
Kirghizstan Photos