Pakistan
اسلامی جمہوریت پاکستان
Islami Jamhuria Pakistan

Portrait pachtoune
Lahore, mercredi 26 juillet 2006
Coucou,
Nous sommes (depuis 15 h - 4h de décalage avec la France) de l'autre côté de la frontière. Bien arrivés au Pakistan après un thé partagé avec les douaniers pakistanais. Adorables. Pas de fouilles, pas de questions. Seulement des "welcome in Pakistan " (bienvenus) ! On a rejoint Lahore (5 millions d'habitants) en bus. Et nous sommes maintenant assis tranquillement dans un hôtel vraiment sympa après avoir dégusté des brochettes de bœufs (premier repas non végétarien depuis l'Inde où l'on trouve très peu de viande et souvent pas très fraîche !). On a même été se prendre une boule de glace dans un macdo pakistanais où les employés sont tous sourds et muets (sociale initiative). On est trop content parce qu'il y a même un supermarché en bas. Chose introuvable en Inde et tellement pratique...
Autour de nous, cinq français. Les uns venus en vélo depuis la Malaisie, d'autres revenant d'Afghanistan, Peshawar ou Karachi. Tous enthousiasmés par la gentillesse des Pakistanais et très rassurants quant à la sécurité dans le pays. Parmi eux, un qui revient de la Karakoroum Highway (KKH) où il a fait plusieurs treks dans la région qui nous intéresse. Sans problème. Nous nous renseignons aussi auprès des gérants de l'hôtel. Ils nous ont invités à venir dans leur famille dans la vallée Kalash. Ils ne sont pas musulmans, mais pratiquent une autre religion. Dans la rue, les femmes sont couramment voilées. Maud porte un voile sur la tête. Tous demandent à Cyril s'il est Pakistanais...
Demain, nous allons visiter la ville. Très belle, apparemment. Et très secure (dixit ambassade de France). Gros bisous !
Maud et Cyril
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Lahore, vendredi 28 juillet 2006
Coucou,
Nous sommes toujours à Lahore, ville que l'on apprécie beaucoup. Autant pour son aspect culturel, nous avons passé la journée d'hier entouré de soufis, que pour ses monuments et la gentillesse des Pakistanais.
Marchand de fruits et légumes dans le bazar de Lahore
L'étranger est roi. On le protège au maximum. Si quelqu'un veut nous voler, un autre s'interpose. On a passé la journée d'aujourd'hui à visiter la ville avec deux français. Ca fait du bien de se retrouver en groupe dans les rues, car il faut quand même protéger Maud des "frustrés-lubriques" qui se laisse aller lorsqu'ils voient une étrangère.
Demain, nous partons pour Peshawar, puis pour Chitral. Nous avons décidé de dévier un peu notre route suite à l'invitation du gérant de l'hôtel dans sa famille. La plupart des voyageurs ici sont passés ou vont à Peshawar. Sans problème. On ne s'arrête pas à Islamabad, c'est trop grand. Quant à la sécurité au Pakistan, surtout ne vous inquiétez pas. Le pays a très mauvaise presse à l'étranger, mais ici c'est vraiment tranquille. On se sent mieux qu'en Inde. Certains voyageurs ont passé déjà deux mois dans le pays, un peu partout. Après Chitral et quelques jours dans les superbes vallées Kalash, nous rejoindrons directement Gilgit par une route transversale.
Maud et Cyril
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Mastuj, lundi 7 août 2006
Coucou,
Tout va bien.
On vient de perdre un mail. Problème de connexion. Nous sommes
à Mastuj dans une famille ismaélienne. Mastuj est entre Chitral et
Gilgit (N.O. du Pakistan, route parallèle au corridor du Wakkan,
peut-être pas sur votre carte). On vous contacte à Gilgit, que nous
devrions rejoindre par jeep dans deux ou trois jours. [...]
Maud et Cyril
______________________________________________________________________Gilgit, vendredi 11 août 2006
Coucou,
Nous voilà depuis ce matin à Gilgit. Nous avons enfin rejoint notre itinéraire prévu. Notre départ de Mastuj a été retardé par deux glissements de terrain qui ont complètement isolé le village pendant quatre jours.
Glissement de terrain sur la route principale du Nord, classique en été
Quatre jours très touchants à découvrir une famille exceptionnelle d'hospitalité. Nous sommes un peu devenus les enfants de la famille. Leur fille aînée est morte électrocutée, il y a, à peine, 1 mois et Maud a un peu comblé le vide pour ces quelques jours dans le cœur des 6 autres enfants et des parents. Le grand-père de la maison, ancien joueur de polo, l'a promenée sur son cheval dans un paysage hallucinant. Nous avons participé à l'élaboration des nans et de la cuisine familiale.
Finalement, hier un des frères de la famille nous a emmenés en jeep par-delà la Shandur pass (3900 m) à travers des paysages époustouflants de beauté sauvage. La route, qui traverse le nord du Pakistan d'est en ouest, est pour Maud la plus belle du monde (connue d'elle). Après une courte nuit à Gupis, nous avons attrapé un minibus pour Gilgit. Nous partons cette après-midi pour Minapin (sur la KKH, vers la Chine, avant Karimabad) pour faire deux jours de trek au pied du glacier. Nous prévoyons ensuite de rejoindre Karimabad pour y passer deux ou trois jours. On vous recontactera quand nous serons là-bas.
Désolé de faire aussi bref, d'autant que l'on a vraiment beaucoup de choses à vous raconter. On est seulement de passage à Gilgit. C'est l'aventure ici. On est vraiment trop bien dans le nord du Pakistan après avoir passé tant de jours dans les familles (Kalash d'abord dans les Kalash vallées - on vous racontera -, et ismaélienne à Mastuj). Nous avons même appris un peu des langues locales (Kalash et Kowar).
On essaiera de faire mieux lors de notre prochaine halte internet. Les connexions sont pas toujours assurées donc pas d'inquiétude si on ne vous contacte pas tout de suite. Pour les photos, c'est rare de trouver mieux que windows 98.
On vous embrasse très fort.
Maud et Cyril
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Gilgit, suite, vendredi 11 août 2006
Cyril est parti acheter les provisions pour le trek de Minapin. J'en profite pour faire un mail un peu plus détaillé. Eh oui, ici c'est l'homme qui fait les courses. Il n'y a pas trop de femmes dans la rue. Pour moi, c'est plus reposant de rester à l'intérieur. Car dehors, il faut assumer les regards et l'image que les hommes ont des femmes occidentales (on peut ne pas les respecter ! ). Cela dit, c'est beaucoup plus détendu ici qu'à côté de la frontière afghane où les Pachtounes règnent en maître. Là-bas, les femmes sortent seulement en burqa. Et celles qui sortent sont des femmes libres. Heureusement, dans les familles où nous avons été accueillis jusqu'à maintenant l'atmosphère est très détendue.
Trente heures de jeep entre Peshawar et Chitral
Depuis Peshawar, nous avons pris une jeep jusqu'aux vallées Kalash qui se trouvent au sud de Chitral. Une occasion, car le chauffeur rentrait à vide et nous a proposé un bon prix pour qu'on lui tienne compagnie. Deux jours de jeep atroces pour moi, car j'avais choppé une sorte de gastro qui me torturait d'autant plus que les routes sont des pistes et les cols à passer sont à plus de 3000 m. Je ne sais pas si vous vous souvenez de la piste pour monter à la Tête de Vautisse (Alpes). C'est pareil dans tout le nord du Pakistan. On a mis deux jours pour rejoindre les vallées Kalash. Autant vous dire que l'ambiance est pachtoune et que je ne me sentais pas très à l'aise sous mon petit voile léger. J'aurais préféré la burqa.
Heureusement, les vallées Kalash sont peuplées par une tribu non musulmane. Une minorité retranchée dans les montagnes et qui luttent pour sauvegarder son identité. Là-bas, les femmes sont libres et semblent bien être les piliers de la micro-société. Je me suis détendue, d'autant plus que les vallées sont verdoyantes, pleines d'arbres fruitiers (des pommes !), et que les rivières coulent bleues glacier. Nous avons fait une traversée de deux jours dans les montagnes pour rejoindre une autre vallée peuplée de Kalashs avec un guide qui est devenu notre ami. Nous avons finalement passé un peu de temps dans sa famille à découvrir la langue et la culture kalash. On leur a même fait des crêpes. Je ne vous raconte pas le délire pour faire des crêpes au feu de bois avec de l'huile de fromage de chèvre. Pour trouver des œufs, un policier est intervenu pour les dégoter du fond d'un magasin.
Dégustation de pommes en vallée Kalash
Finalement, nous sommes repartis pour Chitral. Dégoûtés de retrouver le conservatisme ambiant, j'ai fait une crise de larmes après un trajet en jeep pour rejoindre Mastuj, sur la route de Chitral à Gilgit. Ce qui ne devait n'être qu'une étape s'est transformée en un havre de paix. Sous mes larmes, j'ai quand même distingué les deux fillettes qui sont venues nous chercher en haut de la colline où nous nous étions réfugiés pour nous inviter chez elles. La famille, ismaélienne (donc plus modérée, et même progressiste compte tenu de sa ruralité) nous a accueillis à bras ouverts. Nous avons partagé leur table, leur toit et un bout de leur histoire.
La suite pour plus tard. Il faut que je laisse l'ordinateur. Réparation...
Bisous plein de tendresse
Maud
Mail d'étape reçu le vendredi 1er septembre 2006
De LAHORE à GILGIT - 26 juillet au 11 août 2006
Asalam Aleikoum,
Depuis la Chine, où le progrès technologique est franchement en avance sur celui des mœurs, nous vous envoyons des nouvelles de notre regretté Pakistan.
LAHORE, Pakistan - Prise de confiance et séjour culturel islamique, 26 au 30 juillet 2006
Notre passage en terre d'Islam s'est déroulé dans une sérénité inespérée. Alors que nous étions sous pression peu avant le passage de la frontière, tant le nom de Pakistan résonne avec conservatisme religieux et dictature militaire, image remise au goût du jour avec l'actualité des récents attentats ferroviaires de Bombay, nous avons traversé le point de passage de Wagah sans aucune fouille et avec l'accueil rassurant des douaniers pakistanais. Thé au lait et discussion détendue en attendant la vérification des passeports ont rapidement fait disparaître la sueur de nos fronts. Maud regrettait presque d'avoir acheté un foulard en Inde ! Mais lorsque Maud, ne comprenant pas le rôle de la grille scindant le bus en son milieu, s'est assise côté homme… elle s'est remise à transpirer. Elle a trouvé le trajet très très long sous les regards désapprobateurs de ces voisins masculins. Dès que nous avons changé de bus pour la correspondance, elle s'est réfugiée avec soulagement dans le compartiment femme. Sitôt assise, trois gamins sur les genoux, elle entamait la conversation tandis que Cyril répondait aux "es-tu Pakistanais ?" des hommes. Nous avons ainsi pu vérifier que l'acceptation de la femme étrangère (et de son compagnon) dans une telle société passe par le choix d'un comportement et d'une tenue vestimentaire aux goûts du pays.

Nous avons donc débarqué à Lahore avec nos shalwar kameez (pantalon bouffant et longue chemise) achetés à Delhi, la barbe pour Cyril et le foulard bien serré pour Maud, à la différence de nombres étrangers de la pension. Cyril, avec l'exotisme naturel que vous savez, s'est fondu dans le paysage humain pakistanais au grand plaisir des premières personnes rencontrées et durant tout notre séjour ! Quant à Maud, son observation et son respect des mœurs lui ont souvent valu la sympathie et l'accueil respectueux des hommes et des femmes du pays. Elle se fait chouchouter en permanence (cadeau, sourire, meilleure place dans le bus).
Cyril se prend pour un local !
Lahore est le centre culturel du Pakistan et la capitale de l'autre Pendjab. Du temps des Britanniques, les Sikhs régnaient sur cet état qui a été scindé en deux au moment de la Partition (1947, date de l'indépendance du Pakistan et de l'Inde). Après un échange sanglant de population Hindous-Sikhs et Musulmans entre les deux pays, le Pakistan est resté à 98 % musulmans. Avant cet épisode tragique, Lahore a été la capitale de l'empire Moghol, empire tourné vers la culture plutôt que vers la conquête, qui a érigé des monuments architecturaux remarquables comme le fameux Taj Mahal en Inde et la mosquée Badshahi à Lahore. Nous avons déambulé sur l'immense parvis en pierre rouge de cette mosquée et sous ses arches finement ciselées dans le marbre… magnifique !

Maud en shalwar kameez sur le parvis de la mosquée de Lahore
Lahore est aussi La Mecque du Soufisme. Le Soufisme est un courant mystique de l'Islam, recherchant Dieu dans l'extase au travers des incantations, de la musique (lancinante) ou encore de la poésie et de la danse (comme les derviches tourneurs en Turquie). Les rendez-vous soufis du jeudi à Lahore sont étonnants. Des groupes de musique et des joueurs de tablas (percussions indo-pakistanaises) envoûtent la foule jusqu'à la transe, bien aidés en cela par la quantité phénoménale de haschich qui circule de convive en convive. Parmi les convives les plus surprenants, dans un pays que l'on pensait conservateur, se tiennent plusieurs travestis très à l'aise. La rumeur dit que les hommes étrangers doivent se méfier… des amis français ont failli en faire leur frais ! Lahore, enfin, a été pour nous la ville de la détente dans une pension, à discuter avec des voyageurs du monde entier et revenant de toutes les routes (Afghanistan, Chine, Iran, Inde, etc...). Nous nous sommes rassurés sur les conditions des voyageurs occidentaux au Pakistan et avons même décidé de changer d'itinéraire : au lieu de prendre tout de suite plein nord direction la Chine, le long de la Karakorum Highway (axe sino-pakistanais), nous avons pris le cap de l'ouest pour faire un détour en longeant la frontière afghane. Pour ceux qui ont une carte sous les yeux, nous avons pris Lahore - Islamabad - Peshawar - Chitral (NordOuest) - Gilgit, plutôt que l'axe Lahore - Islamabad - Gilgit prévu initialement.
PROVINCE du NORD OUEST, Pakistan - Traversée des terres pachtounes et découverte d'une mosaïque de peuples, 31 juillet au 11 août 2006
Après
Lahore l'intellectuelle, la mystérieuse Peshawar. Peshawar, un nom qui
dissimule à peine sa sympathie talibane... Elle est la capitale des
clans pachtounes, la plus grande organisation tribale de la planète. Le
monde les a découverts dans la tragique épopée des Talibans qui en sont
issus et qui en ont appliqué les codes moraux - pas d'instruction ni
travail féminin, justice de vendetta, communisme islamique. Les
Pachtounes sont parmi les musulmans les plus conservateurs et féodaux.
Leur territoire s'étale à cheval sur le sud de l'Afghanistan et le
centre du Pakistan, coupe en deux par une frontière qui n'a pas
beaucoup de sens, dessinée par les Britanniques pour tenter de les
diviser. L'état du Pakistan contrôle seulement la ville de Peshawar,
tout le reste de la zone frontalière et une partie du centre du pays
est régie par des chefs de clans. Nous avons fait une courte halte à
Peshawar. Les seules attractions, peu attirantes selon nous, sont le
bazar et les fabriques d'armes, responsables de la circulation de
plusieurs millions d'armes dans le Sud du Pakistan.
Pas pour nous donc... qui avons rencontré un gentil conducteur de jeep
cherchant à rejoindre Chitral, 350 km au Nord de Peshawar, à moindres
frais. Nous partons donc avec une jeep pour nous deux, et un
chauffeur ! La route pour Chitral fut une première incursion difficile
sur les routes de montagne du Pakistan. Maud luttait contre sa première
tourista et subissait, en serrant les dents, les cahots de la piste : nos têtes touchaient même le plafond de la jeep de temps en temps ! Deux jours pour faire 350 km, dans la poussière et la chaleur et franchir un col à 3200 m dans un embouteillage de camions aux ornementations kitch à l' extrême, un régal à observer pour Cyril pendant que Maud était couchée sur le plancher, sous les regards défiants des villageois pachtounes (pas de femmes dans la rue !). Quand un éboulement de terrain, bloquant la route pour plusieurs jours, est venu sonner le glas de ce parcours, nous avons bifurqué sur une route alternative, piste à jeep retenue bien haut au-dessus du ravin par des remblais de pierres sèches. Nous sommes tout de même arrivés à bon port dans les vallées Kalash, peu avant la ville de Chitral.
Après cette excellente entrée en contact avec le premier des peuples de montagne qui jalonneront notre route, nous avons pris un peu de repos à Chitral. Chitral est une petite ville du Nord-Ouest, lieu d'exil de nombreux Afghans. La langue parlée est le Kowar, et on y a véritablement découvert que le Pakistan n'est pas un pays, mais un cadre administratif que remplissent une multitude d'ethnies aux langues différentes. L'Ourdou est la langue nationale imposée (seuls 10 % des gens l'ont comme langue maternelle), l'Anglais, la langue officielle, mais nous avons déjà entendu le Punjabi, le Pachto, le Kalash, le Kowar et d'autres langues seront aux programmes dans l'Est du pays. À Chitral, les Afghans ont apporté la langue dari (famille du Persan) et de délicieux nan tandoori (pain cuit au feu de bois dans un four en terre).

La mosquée de Chitral est un lieu de détente
La route Chitral-Gilgit, qui parcourt le Nord du Pakistan d'Ouest en Est, ne devait nous prendre que deux jours, mais l'étape à Mastuj en aura décidé autrement. Alors que nous devions juste changer de bus, deux glissements de terrain bloquant la route nous ont demandé de patienter quelque temps à Mastuj, favorisant notre rencontre avec une famille qui est devenu la notre pendant cinq jours.
Invités par les demoiselles de la maison (5 filles, 1 garçon), nous nous sommes délectés de l'accueil ismaélien. La religion ismaélienne est une branche de l'Islam, initialement Chiite, qui, à la différence des Iraniens et Irakiens, ont comme guide spirituel un Imam contemporain dont la lignée est très ancienne et qui a pour particularité d'être très progressiste. Cela se traduit par un niveau d'éducation élevé pour les filles et les garçons (le meilleur du Pakistan), des hôpitaux et organismes culturels efficaces souvent soutenus par la commission européenne. Leur Imam Aga Khan, qui vit en France, a permis l'arrêt des guerres ethniques au Tadjikistan grâce à ses messages de paix et de respect intercommunautaire. Par la suite, nous serons toujours ravis et rassurés de rencontrer des Ismaéliens sur notre chemin. Dans la famille, les filles, non voilées, parlent Anglais et les relations hommes-femmes sont détendues.
Cyril a tôt fait de se raser la barbe, plutôt mal vue car symbole de conservatisme. Notre présence a ravi les enfants qui nous ont appris leur langue, le Kowar, et les parents nous ont pris en affection.
Des instants d'émotion difficiles à résumer dans ce mail. Nous gardons un lien solide pour le futur.Quand la route fut enfin dégagée, nous avons repris notre chemin, une traversé
de paysages impressionnants. Nous avons parcouru des gorges étroites,
surplombants des rivières déchaînées, le haut col verdoyant du Shandur
(3800 m) ou paissent moutons, vaches et brebis. Les notions de langues
Kowar que nous avons durement acquises ne nous ont alors plus beaucoup
servi, car, dans la région de Gilgit, les gens parlent la langue Shina.
Cyril et Maud
le pain pétri par les filles
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Mail d'étape reçu le vendredi 1er Septembre 2006
De GILGIT à la CHINE - 11 au 26 août 2006
LEH !
Bienvenus à tous pour nos dernières aventures Pakistanaises !
Lors de la préparation du voyage, Gilgit était pour nous la ville du Pakistan à atteindre en priorité. Ville, au nord de laquelle, on serait en sécurité. Juste au sud, les bus traversent la région de Chilas et Besham en convoi encadrés par des militaires et les étrangers sont régulièrement pris à partis (jets de pierres sur les cyclistes !). Notre changement d'itinéraire, finalement, nous a permis d'éviter une zone pas très accueillante...
GILGIT, Pakistan - Arrivée sur la Karakorum Highway, 11 août 2006
Au fur et à mesure qu on se rapproche de la ville, les check-points (poste de police où les étrangers doivent s'enregistrer et les cars sont fouillés) se multiplient. Notre déception à la découverte de Gilgit est à la mesure de la tension qui règne dans la ville. Extrême. Les dissensions entre les Chiites et les Sunnites de la région s'expriment précisément ici. Et depuis 1988, année sanglante, les militaires pakistanais regardent passer les uns et les autres dans le viseur de leur mitraillette. Cachés derrière leurs sacs de sable, il faut avouer qu'ils nous impressionnent assez. On sent bien pourtant qu'on leur doit la possibilité de déambuler dans la rue. Cette impression se renforce quand on apprend qu'une manifestation anti-américaine est prévue pour ce vendredi après-midi. Le vendredi étant le jour de la prière, il ne fait pas bon traîner dans les mosquées quand l'imam du quartier est un peu conservateur. On décide donc de s'éclipser au plus vite et on rejoint la gare des bus sous escorte militaire (on ne se sent pas très malin parce que les locaux n'aiment pas trop l'armée pakistanaise et on se dit que deux Occidentaux avec un militaire, c'est une belle triplette !).
Finalement, notre bus part sans encombre. A l'intérieur, on rencontre un Néo-zélandais, professeur d'Anglais dans la région, qui nous rassure sur le côté peu sérieux de ce genre de manifestation. Gilgit est le chef-lieu des Provinces du Nord, une région au statut particulier dans le Pakistan. C'est en effet une partie du Cachemire originel, comme le Ladakh en Inde. Même s'il est "touristiquement" acquis que la région est Pakistanaise, elle n'est occupée par le Pakistan que depuis 1947, date de l'indépendance, et la population attend toujours de se prononcer en référendum pour décider de son sort (Pakistan, Inde ou indépendance). Nous avons même pu constater que cette région faisait partie de l'Inde sur les agendas scolaires indiens ! Sinon, Gilgit est le centre de la fameuse Karakoroum Highway, projet autoroutier herculéen qui relie le Pakistan à la Chine à travers l'Ouest de l'Himalaya. La KKH est entourée par des pics qui se disputent le ciel entre 6000 et 8000 m et comme tous les touristes rencontrés sur le chemin, nous décidons d'en profiter pour trekker un peu...
MINAPIN, Pakistan - Glacier Himalayen, 11 au 14 août 2006
Minapin est un village perché sur un flanc de montagne aride au pied du Rakaposhi (7 720 m), à 80 Km de Gilgit. Nous voulons rejoindre le camp de base à 3200 m. C'est un trek de deux jours seulement, que d'autres ont fait sans guide. Nous partons donc seuls, une carte bien peu précise en main et du lyophilisé dans le fond du sac. Au Pakistan, il est très difficile de partir seuls en trek car les locaux veulent gagner un peu d'argent en guidant les touristes. Le principal problème est qu'ils ne sont souvent pas équipés. Ils traversent les glaciers en claquettes. Qu'il pleuve, qu'il neige, ils passent la nuit réfugiés sous un rocher tandis que vous profitez de votre super duvet et de votre tente. Difficile à cautionner selon nous. 
Maud au pied du glacier du Rakaposhi
On préfère se perdre un peu (on marche 4 h de trop...), mais se sentir bien. La nuit est grandiose. L'énorme glacier au-dessus de nous craque et grince. On sursaute au bruit des avalanches de glaces. Impressionnant. Mais avec le froid et la fatigue, Maud attrape une angine blanche… qui ne va pas la lâcher.
HUNZA, Pakistan - Montagne en pays ismaélien, 14 au 26 août 2006
Notre incursion himalayenne nous a donné envie de pousser plus avant
dans les treks. Nous rejoignons Karimabad, capitale de l'ancien royaume
Hunza, à 30 km de Minapin, et y retrouvons avec soulagement (pour Maud)
la communauté Ismaélienne. Les habitants de Minapin, Chiites (de type
iranien) ont des mœurs plutôt conservatrices et le contact avec la
population est assez froid. De nouveau la langue change, le Shina de
Gilgit et Minapin laisse la place au Burushaski. Le temps n'est pas au
beau fixe, mais nous avons l'occasion entre deux pluies d'admirer les
cultures en terrasses de maïs, pommes de terres, de pommiers et
abricotiers. Terrasses gagnées sur les montagnes à coup de pioches,
verdures gagnées sur l'aridité minérale grâce à la construction de
canaux d'irrigation. Ceci a permis la sédentarisation des peuples dans
cette région hostile.
Le ciel ne nous faisant toujours pas de cadeau (la mousson, dit-on), nous décidons d'avancer sans trekker et rejoignons en stop le prochain village. Il nous faut quand même enjamber un glissement de terrain entre temps... A Gulmit, la langue a de nouveau changé ! Le Wakhi s'impose, arrivé avec les peuples du corridor du Wakhan (Extrême Nord-Est de l'Afghanistan) venus s'installer dans toute la haute vallée de la Hunza jusqu'à la frontière chinoise. Fraîchement débarqués, nous sommes invités par des jeunes écoliers chez eux. Au menu, thé et abricots parsemés de rudiment de Wakhi (langue perse). Nous voulons rejoindre le prochain village à pied depuis Gulmit. Un des cousins de la famille nous aide le lendemain à franchir un glacier pour pouvoir continuer. La suite du chemin nous réserve deux grosses frayeurs. Nous devons traverser un pont suspendu.

Un pont suspendu pour passer d'une rive à l'autre... facile pour les locaux !
Des planches de bois bancales coincées tous les mètres entre trois
câbles métalliques. Le tout, perché entre 5 et 10 m au-dessus d'une
rivière bouillonnante… Traversée difficile ! On se prend pour Indiana
Jones, et Cyril fait trois fois le trajet pour aller chercher le sac de
Maud qui n'a pas vraiment confiance - c'est quand même terriblement
effrayant et un faux-pas est fatal. On marche près de 30 km en
traversant un autre pont du même acabit en rencontrant des gens
toujours aussi adorables, nous proposant de dormir sur leur terrain.
Dorénavant, on ne fait que du camping, soit presque deux semaines
d'affilée non-stop entre les villages de la Hunza. La Hunza est une
région où la marche et le camping sauvage est absolument sans risque et
les paysages sont hallucinants. Nos plus belles nuits seront là, à
admirer la voie lactée, les constellations et les étoiles filantes,
tandis que le levé du soleil révèle des pics et glaciers majestueux.
Maud ne se remet toujours pas de son angine qui s'est depuis
transformée en bronchite.
Campement à 4000 m et sous la pluie ...
La dernière semaine, nous décidons de nous écarter de la KKH pour marcher vers une ancienne frontière sino-pakistanaise aujourd'hui fermée, sur un véritable itinéraire de la route de la soie. La randonnée part du village de Misgar (3000 m), puis rejoint le col du Mintaka pass (4800 m). Il nous a fallu, tout de même, six jours pour faire l'aller-retour, tant les sacs et l'altitude ont pesé. Au-dessus de 4000 m, le moindre effort est exténuant et il nous faut s'acclimater un jour au milieu. Nous sommes une nouvelle fois sans guide, sur un chemin au début facile, mais très escarpé avant le col. On peine à ne pas trébucher sous l'effet de la fatigue et de la hauteur. On est tout de même fier de notre exploit, nous avons tenu en ayant avalé que des nouilles chinoises et de la soupe (seulement deux fois par jour car on manquait de nourriture et de kérosène). À court d'essence pour le réchaud, nous avons dû faire du feu, y compris sous la pluie et poêler des chapatis (pain plat fait de farine et d'eau) pour nous remplir l'estomac. Nous revenons épuisés au village, mais gentiment accueillis dans une pension familiale. Nous avons bien compris pourquoi les trekkeurs prennent des porteurs...
A la frontière sino-pakistanaise à 4800 m, nous découvrons les paysages du Pamir
Peu reposés, nous rejoignons la KKH le lendemain à l'aube et sautons dans un bus pour la Chine, à 80 km de là.
Khuda Hafiz
Cyril et Maud
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